Entretien avec Nicolas Feuz – Le Miroir des âmes

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● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Né en 1971 et père de deux enfants, je vis à Neuchâtel, en Suisse. Titulaire du brevet d’avocat, j’ai travaillé comme juge d’instruction de 1999 à 2010, puis comme procureur de 2011 à ce jour, avec spécialisation dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. En 2010, j’ai écrit mon premier polar, Ilmoran, l’avènement du guerrier (sorti en librairie en février 2013). De 2010 à 2019, j’ai écrit dix polars au total, soit un par année. Le prochain, L’ombre du Renard (Slatkine & Cie), sortira en libraire le 21 août 2019, en même temps que la réédition du Miroir des âmes au Livre de Poche.

 

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Comme j’ai débuté en auto-édition et que je ne connaissais rien au milieu professionnel du livre, mon premier souvenir marquant a été le jour où j’ai débarqué à l’improviste dans une grande librairie de Neuchâtel, avec des exemplaires de mes livres sous le manteau, un peu honteux comme si je cachais des paquets d’héroïne ou de fausses montres, pour demander s’il existait une possibilité de les mettre en vente. Ce jour-là, je devais être aussi rouge que le sang.

 

D’où vous est venue l’envie d’écrire des « Thrillers » ?

C’est arrivé un peu par accident. Durant l’automne 2010, je me suis retrouvé sans lecture lors de vacances au Kenya. Je venais de sortir du Vol des cigognes de Jean-Christophe Grangé. Cette histoire qui débutait en Suisse (Montreux) et se terminait en Afrique (Centre-Afrique) m’a marqué. J’ai alors volé un bloc-notes et un stylo dans l’hôtel où je me trouvais, et j’ai imaginé un scénario qui débutait en Suisse (Neuchâtel) et se terminait en Afrique (Kenya). Ainsi est né Ilmoran, l’avènement du guerrier, qui est devenu par la suite le premier tome de la « Trilogie massaï ».

 

Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre dernier roman « Le Miroir des âmes » ?

Dans le cadre de mon travail de procureur, j’ai eu l’occasion de m’occuper de nombreux dossiers touchant les milieux balkaniques du trafic d’héroïne et de la traite d’êtres humains, en particulier de réseaux illégaux de prostitution, dans lesquels la violence physique et psychologique est omniprésente. Rajoutez à cela une toile de fond européenne focalisée sur les actes terroristes et un Etat de Neuchâtel grevé par les problèmes financiers, notamment en raison de l’explosion des coûts de l’aide sociale, et mettez le tout dans un mixer.

 

Comment vos personnages prennent-ils vie en général ?

A 80%, ils sont imaginaires, mais il m’arrive régulièrement de m’inspirer de telle ou telle facette d’une personne existante, voire de moi-même. En particulier, je me suis souvent inspiré de policiers avec lesquels je travaille tous les jours depuis vingt ans. Peut-être moins dans Le Miroir des âmes (où il s’agit essentiellement de ripoux) que dans mes précédents polars.

 

De quoi, au jour d’aujourd’hui, êtes-vous le plus fier dans vos livres ?

De manière générale, des rebondissements de dernière minute. Tout particulièrement dans Horrora Borealis, mais aussi dans Les Bouches par exemple. Je dois préciser que les twists finaux sont souvent le point de départ de la construction de mes scénarios.

 

● Etes-vous un grand lecteur et si oui qui vous a inspiré ?

Je lis moins depuis que j’écris et surtout, je ne lis jamais en période d’écriture, afin de ne pas être influencé par le style d’un autre auteur. Mais hormis les rapports de police et les procès-verbaux d’audition que je lis à longueur de journée, je ne lis pratiquement que des polars, principalement en vacances. Essentiellement des polars français et nordiques, moins américains.

 

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Depuis août 2018, sorties parallèles du Miroir des âmes (Slatkine & Cie) et d’Horrora Borealis (Le Livre de Poche) dans toute la Francophonie, je suis plus qu’auparavant soumis à la critique, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Toute critique est bonne à prendre, surtout si elle est constructive et présente une certaine récurrence d’un avis à l’autre. C’est par exemple le cas du manque de développement de certains de mes personnages, dont je sais aujourd’hui que c’est peut-être un de mes points faibles (même si d’autres critiques ne sont pas d’accord avec ça et tentent de me convaincre de ne rien changer à ma manière d’écrire). En revanche, j’ai souri en lisant une ou deux fois sur des blogs que telle ou telle scène d’Horrora Borealis ne serait pas réaliste ou largement exagérée, alors qu’en réalité les faits ou détails critiqués se sont vraiment produits dans des dossiers judiciaires existants. Je ne peux toutefois jamais répondre ouvertement à ce genre de critiques, car cela reviendrait d’une part à spoiler l’histoire du livre, d’autre part à violer un secret de fonction. Cette expérience m’a finalement convaincu que ce n’est pas le rôle de l’écrivain de répondre à ce genre de critiques et j’ai appris à vivre avec, ce qui ne m’empêche pas d’en rigoler avec les policiers neuchâtelois qui lisent mes polars, qui me conseillent parfois avant leur parution et qui connaissent les dossiers en question.

 

Lien vers ma chronique Le Miroir des âmes

Je tiens à remercier Nicolas Feuz d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

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Biographie de Nicolas Feuz

Né en 1971 à Neuchâtel/Suisse, Nicolas Feuz a étudié le droit à l’Université et obtenu le brevet d’avocat, avant d’être élu en 1999 comme juge d’instruction, puis en 2008 comme président du collège des juges d’instruction, et enfin en 2011 comme procureur de cette petite République helvétique. Marié et père de deux enfants, il s’est lancé dans l’écriture de romans noirs en 2010.

Là où certains de ses proches voyaient de longue date un moyen de laisser éclater au grand jour une imagination sans limites, d’autres y verront peut-être une sorte d’auto-débriefing face à toutes les horreurs que la police et la justice pénale doivent affronter au quotidien : une réalité souvent plus sombre et plus « cash » que dans bien des fictions se voulant réalistes…

2 réflexions sur “Entretien avec Nicolas Feuz – Le Miroir des âmes

  1. lecturesdudimanche 13 mars 2019 / 7 h 27 min

    Auteur découvert il y a peu grâce à Horrora Borealis et tout récemment, j’ai eu la chance de lire le miroir des âmes, franchement super ! Ça me semble normal que son métier inspire l’auteur, ça n’en est que plus crédible !
    Mille merci pour cet entretien instructif !

    Aimé par 1 personne

    • lacavernedupolar 13 mars 2019 / 10 h 12 min

      Merci à toi Nathalie, oui c’est toujours sympa d’en savoir un peu plus sur les auteurs.

      J'aime

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