Entretien avec Marc Voltenauer – Le dragon du Muveran

120588203

 

● Pourrais-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Je suis né à Genève en 1973 d’une mère suédoise et d’un père allemand. Enfant et adolescent, j’étais partagé entre ma passion pour le football et l’idée d’épouser une carrière de pasteur, pour suivre les traces de mon grand-père, évêque au sein de l’église luthérienne de Suède. Après avoir effectué des études de théologie à l’université de Genève, j’ai été engagé comme secrétaire général des Unions chrétiennes de Genève, puis j’ai travaillé pendant huit ans dans les ressources humaines au sein d’une banque à Genève. Puis un tour du monde avec mon compagnon. Au retour, j’ai travaillé pour une entreprise pharmaceutique tout en commençant à écrire mon premier polar. L’année dernière, j’ai arrêté de travailler et je suis parti avec mon compagnon une année en Suède sur l’île de Gotland pour écrire L’Aigle de Sang dont l’intrigue se passe sur cette magnifique île de la mer Baltique. De retour en Suisse, à Gryon où se situent mes deux premiers polars, je suis en train d’écrire la suite des aventures de l’inspecteur Andreas Auer.

 

● Quel est ton premier souvenir avec le monde du livre ?

C’est avec des livres pour enfants suédois que ma mère me lisait.

 

● D’où t’es venue l’envie d’écrire des « Polars » ? Comment est venue l’idée de l’intrigue pour ton premier roman « Le dragon du Muveran » ?

L’écriture s’est imposée à moi sur le tard, à la suite du voyage autour du monde que j’ai fait avec mon compagnon en 2011-2012. C’est Gryon, petit village paisible des Alpes suisses qui m’a inspiré et donné l’envie d’écrire. Gryon – tout comme Fjällbacka pour Camilla Läckberg – était le parfait décor d’un polar : l’atmosphère singulière d’un petit village pittoresque, le savoir-vivre montagnard, l’ambiance chaleureuse des chalets, les différents lieux publics, la vie villageoise, le découpage impressionnant des massifs alentour, les hivers rudes. Juste avant Noël, en 2012, je me suis réveillé au milieu de la nuit et j’ai commencé à mettre sur papier les grandes lignes de l’intrigue du « Dragon du Muveran ». Après quelques nuits, j’ai commencé à écrire. Jamais je n’avais décrit des personnages, des lieux, des ambiances et encore moins eu l’occasion de m’entrainer à l’exercice redoutable de rédiger des dialogues. Très vite, l’écriture est devenue un savoureux mélange entre envie et besoin. Une sorte de drogue douce à laquelle j’avais succombé sans même m’en rendre compte. Une année et demie après cette nuit de Noël de 2012, j’ai écrit la dernière ligne de mon roman avec en prime un sentiment vagabond qui vacillait entre la satisfaction d’être arrivé au bout et un début de mélancolie.

 

● Comment tes personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement Andreas Auer ?

Mes personnages prennent forme durant la phase de recherche avant le début de l’écriture, mais ils se développent et s’approfondissent au moment où j’écris le livre. Le scénario initial évolue lui aussi en écrivant. Pour chaque personnage, au fur et à mesure de mes réflexions, j’écris une biographie.
En commençant mon premier roman, j’avais le lieu – Gryon -, l’intrigue mais il me manquait encore mon personnage principal. J’ai alors pensé aux flics de mes lectures préférées… Est-ce qu’il allait être…

…une sorte de Harry Hole tout à la fois solitaire, dépressif, alcoolique et attachant ?

…ou alors un Wallander mélancolique, décalé, maladroit et tout aussi attachant ?

…ou encore un Anders Knutas qui vit une vie de famille pépère sur une île suédoise ?

Et je me suis dit alors que je ne voulais ni un alcoolique dépressif ni un père de famille modèle… C’est là qu’Andreas Auer est né dans mon esprit. Andreas est un épicurien bien dans sa peau (vraiment?). Il a grandi en ville et habite maintenant dans un village de montagne. Il est homosexuel et le vit bien. En couple avec Mikaël. Il ne s’est jamais posé de questions. Une vie toute tracée. Il s’intéresse à beaucoup de choses : psychologie, théologie, gastronomie, whisky, cigares. Mais sa plus grande passion est le comportement des tueurs en série. Il aime la démarche qui le conduit à essayer de pénétrer un esprit criminel et de comprendre ses motivations. Découvrir l’identité d’un meurtrier, tenter d’approcher son ombre, cerner son inconscient. L’ombre le fascine. Celle des meurtriers. La sienne, aussi. Il s’engage à fond dans son métier (ou sa vocation?) parfois jusqu’à l’obsession. Un homme à la personnalité complexe. Pour lui, il n’y a pas de blanc ou de noir. Que des nuances de gris… Mais au fil du temps, des questions existentielles font surface et surtout des cauchemars récurrents hantent certaines de ses nuits, ce qui l’a conduit à se retrouver dans mon dernier roman sur l’île suédoise de Gotland sur les traces de son propre passé…

 

● Comment organises-tu tes recherches avant l’écriture d’un roman et combien de temps cela te prend-il?

Pour mon dernier roman, L’Aigle de sang, j’ai fait des recherches et élaboré le scénario pendant près de six mois avant de commencer à écrire. En ce qui concerne les recherches, cela dépend des sujets que je vais aborder. Il s’agit pour moi de lectures, de rencontres avec des spécialistes dans certains domaines, notamment la police, mais aussi pour mon dernier livre avec un archéologue, un historien ou encore un bijoutier. Et je vais aussi faire des repérages sur les lieux que je vais faire vivre dans mon histoire. Le scénario s’élabore comme un puzzle qui prend forme au fur et à mesure de mes réflexions. Il se décline en séquences.

 

● Es-tu un grand lecteur et si oui qui t’a inspiré?

Je suis un grand lecteur, principalement de « polars ». Maintenant que j’écris, je ne lis plus autant qu’avant. À regret. À la base, les livres qui m’ont inspiré et motivé à écrire sont les polars suédois. Je trouvais que la manière dont étaient construits les polars nordiques se prêtait parfaitement au cadre montagnard suisse. Une des clés du polar nordique, c’est son faux rythme. Le polar du nord installe un rythme lancinant. On découvre l’environnement, on apprend à connaître les personnages, on entre chez eux, dans leur vie quotidienne. Cette apparente lenteur est synonyme de profondeur. Puis à un moment donné, l’enquête s’accélère. Le rythme devient haletant et la conclusion souvent explosive. Cette fausse lenteur est aussi en lien avec l’environnement dans lequel s’inscrit la trame. Et dans ce petit village de montagne, on vit dans une apparente quiétude. Certains événements du passé ressurgissent, des conflits latents éclatent, des personnes extérieures viennent s’immiscer dans une ambiance de huis clos, un psychopathe réalise ses pires fantasmes et l’ambiance de huis clos favorise la suspicion au sein de la communauté…

 

● Quelles sont tes habitudes d’écritures et combien d’heures en moyenne écris-tu par jour?

Lorsque je suis dans une phase d’écriture, je me lève tous les matins vers 5 h 30 – 6 h. Je me fais un café et je sors sur le balcon d’où je peux voir le Grand Muveran et les montagnes alentour. Je fume une cigarette (je devrai arrêter…). Ensuite, je me mets à écrire au moins toute la matinée, mais souvent encore une partie de l’après-midi.

 

● Quel sera ton mot de fin à cet entretien?

À ceux qui n’ont pas encore lu un de mes polars, je leur souhaite un périple littéraire haletant au cœur des Alpes suisses.

 

Lien vers ma chronique Le dragon du Muveran

Je tiens à remercier Marc Voltenauer d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

topelement.jpg 

6 réflexions sur “Entretien avec Marc Voltenauer – Le dragon du Muveran

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s