Entretien avec Caroline De Benedetti et Emeric Cloche du magazine L’Indic

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  • Caroline et Emeric pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Caroline : je suis une nantaise qui a exercé plusieurs métiers sans saveur avant d’avoir la chance de rencontrer la bonne personne et de changer de vie.

Emeric : Passionné par divers sujets, je me suis rendu compte que la lecture les réunissait tous ! Depuis j’ai toujours un livre à porté de main.

 

  • Quel est votre premier souvenir à chacun avec le monde du livre ?

Caroline : je ne sais pas si c’est vraiment le premier, mais celui que je préfère est lié à ma découverte de la bibliothèque rose, et de la verte, des Bob Morane et autres romans du Masque. Lectures puisées dans le grenier de l’immeuble de mes grands-parents à Lorient. Une énorme madeleine de Proust, jusque dans la frayeur que j’avais à monter au dernier étage et à me retrouver dans ces couloirs sombres et poussiéreux. Mais au bout : le Graal !

Emeric : Comme Caroline un livre dans la bibliothèque familiale, je voulais faire comme les grands. Alors j’en ai choisi un et je l’ai lu.

Pas sûr d’avoir tout compris, mais je me souviens du titre « Fantasia chez les ploucs » de Charles Williams, je l’avais choisi parce que le mot « Plouc » me plaisait. Je me souviens très bien à l’époque d’avoir hésité avec « Ubik » de Philip K. Dick… que j’aurais encore moins compris je pense.

 

  • Vous êtes les deux fondateurs de l’association Fondu Au Noir. Pouvez-vous nous raconter comment est né ce projet ?

Caroline : nous voulions créer quelque chose ensemble, à côté de nos autres activités. Avec Emeric nous nous sommes rencontrés autour du polar, via le site internet et le forum PolArtNoir, à qui le polar français doit beaucoup (Cyril Herry, Eric Maneval, Franck Thilliez et d’autres y ont débuté). Ce qui était à l’origine une passion s’est transformé, avec la naissance de l’association et celle du magazine l’Indic, en activité professionnelle.

Emeric : Comme le dit Caroline, la passion. Et l’envie de faire des rencontres… voilà ce qui nous a poussés à créer cette association.

 

  • Comment vous est venue l’idée de créer le magazine L’Indic ?

Emeric : Au départ nous voulions projeter des films policiers et puis nous nous sommes rendu compte que cela demandait pas mal d’argent et beaucoup d’organisation. Nous avons donc décidé de publier un magazine… ce qui en fait demande pas mal d’argent et une grosse organisation !

 

  • Ce mois-ci L’Indic en est déjà à son quarantième numéro, j’imagine que vous en êtes très fiers, vous vous attendiez à un tel succès ?

Caroline : Oui nous sommes fiers, car nos moyens et notre réseau n’ont rien à voir avec ceux des grands magazines. Nous y sommes allés pas à pas, en cherchant notre style et en essayant de toujours nous remettre en question.

Le succès reste à relativiser, notre diffusion n’est pas à grande échelle mais nous savons l’attention que nous portent les professionnels, les avis positifs des bibliothécaires et des libraires nous font du bien. Les subventions que nous avons fini par demander au bout de 10 ans, et qui nous ont été accordées, valident aussi le sérieux que nous mettons dans la revue.

 

  • Combien de personnes travaillent pour sortir un numéro chaque trimestre ?

Emeric : C’est variable selon les numéros, nous avons des personnes qui travaillent avec nous depuis le début, d’autres à qui nous faisons appel ponctuellement parce qu’elles sont spécialistes d’un sujet. Mais nous travaillons avec une petite dizaine de personnes à chaque numéro.

 

  • Quel est le rôle principal de l’association Fondu Au Noir à ce jour ?

Caroline : au-delà du magazine, nous travaillons principalement avec les bibliothèques. Nous répondons à leur demande de formation en polar : le genre a beaucoup évolué et une mise à jour est toujours utile.

Nous concevons pour eux des expositions, qui servent également aux festivals, autre terrain très dynamique en France. À travers ce que nous faisons, nous essayons de montrer à quel point le genre est divers. Du roman noir au thriller, du roman d’enquête au polar mélangé au fantastique, le domaine est vaste. Il est possible de se divertir, de découvrir, de rire, à travers le polar. La première chose à faire comprendre à certains lecteurs : il n’y a pas forcément de policier dans un roman policier.

Et puis pour finir, nous travaillons avec les auteurs, nous cherchons les nouvelles voix, nous leur proposons des projets (polar & poésie par exemple), nous partons à l’étranger voir ce qui s’y passe (comme à Berlin et Hambourg sur les pas du Krimi)… Nous avons toujours une idée sous le coude !

Emeric : Les littératures policières sont un terrain de jeu immense, une vie ne suffit pas à en faire le tour ! Aider les lectrices et les lecteurs à trouver ce qui les intéresse au milieu du foisonnement littéraire, leur donner des pistes.
Aider les auteurs, les éditeurs aussi… Créer des ponts, montrer la richesse de ces littératures. Voilà quelques objectifs que nous nous donnons.

 

  • Caroline tu es également programmatrice du festival Mauves en noir peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Caroline : Mauves en Noir devait fêter sa 19e édition cette année, c’est un excellent festival installé dans la région nantaise. Je l’ai découvert en tant que lectrice avant de rejoindre l’équipe comme bénévole. Je me suis occupée de la programmation quand Dominique Barranguet, qui s’en occupait jusque-là, a décidé de profiter de sa retraite pour faire d’autres choses.

L’avantage c’est qu’avec le travail au sein de Fondu Au Noir, j’avais les contacts des éditeurs et des auteurs, et une vision des parutions. Ensuite, chacun aborde la programmation à sa façon. Ça se fait en discutant avec les membres du bureau du festival. J’essaie juste d’attirer l’attention sur une évolution du milieu littéraire : les auteurs sont précaires. Rien ne sert de concourir au festival avec la plus grande liste d’auteurs invités. Et puis, soyons vigilants à rémunérer un maximum de leurs prestations.

 

  • Emeric parle nous un peu des Docteurs Polar, quel est ce concept ?

Emeric : Donner à lire aux gens. Les Docteurs Polar, créés il y maintenant plus de 10 ans, parcourent toute la France. Vous pouvez les croiser sur des salons et festivals, dans des librairies ou des bibliothèques. Facilement reconnaissables grâce à leur blouse blanche ils font des prescriptions littéraires spécialisées. Le principe est assez simple, les patients nous disent ce qu’ils aiment lire, les sujets qui les intéressent et nous les renvoyons vers des livres ou des films. Nous délivrons une ordonnance de lecture. Le principe fonctionne très bien. Il y a des salons où les gens viennent nous voir d’une année sur l’autre pour nous parler des livres que nous avons prescrits l’année précédente. C’est aussi un moyen pour eux d’aborder les auteurs. Les visiteurs vont les voir avec leur ordonnance en disant à l’auteur « les docteurs nous ont conseillé de venir nous voir. » Ça brise la glace… et la discussion s’engage ensuite plus facilement.

 

  • Vous êtes avant tout deux amoureux de polar et de littérature noire pouvez-vous me donner chacun vos auteurs favoris ?

Caroline : c’est le genre de question dont la réponse peut varier chaque semaine… Avec ce confinement j’ai le temps de faire des choix, de ne plus avoir le nez dans des lectures imposées par le travail. J’ai repris avec plaisir la lecture de Laura Kasischke, de Tanguy Viel (excellent exemple de polar édité en « blanche »), et d’Hannelore Cayre (c’est le bon moment pour lire « Richesse oblige »).

Impossible de ne pas citer Pascal Dessaint, l’ultime scène de son dernier roman vous met par terre une boule au ventre. Et parce qu’il faut penser aux disparus et que celui-ci est inoubliable : Hafed Benotman. Forcément il y a tout un tas d’autrices et d’auteurs que je ne vous cite pas ici, mais il suffit d’aller faire un tour sur notre site pour trouver leurs noms. Le polar français a la chance d’être porté par de nombreux grands noms.

Emeric : Comme pour Caroline, cette question est difficile. Ça change suivant les moments, ce que je vis, ce dont j’ai envie. Mais il y a des autrices et des auteurs vers lesquels je retourne régulièrement c’est le cas avec les livres d’Agatha Christie et de Georges Simenon par exemple. D’autres qui m’ont marqué à vie comme Jim Thompson ou David Goodis.

 

  • Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

Caroline : celle-ci est chronophage alors… manger, et rester éveillée à l’état du monde.

Emeric : Écouter de la musique, les jeux de rôle sur table… et en ces temps de confinement je me rends compte que voir et parler avec les gens est une passion pour moi.

 

  • Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Caroline : merci à toi pour cet échange, les rencontres et les projets que nous avons vécus grâce aux livres sont assez fabuleux. On constate d’ailleurs que dans toute période de crise, nombreux sont les gens à se tourner vers la lecture, de la BD aux essais en passant par les romans. Plus tard, nous nous retrouverons dehors, le plus possible, parce que c’est là qu’il faudra être pour que tout ce qui va mal cesse enfin.

Emeric : En tant que Docteur Polar je serais tenté de vous dire : « Portez-vous bien ! Et lisez. Au moins pendant qu’on lit – même si cela peut donner quelques idées – on ne fait pas de bêtises. »

 

Je tiens à remercier Caroline De Benedetti et Emeric Cloche d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir donné envie de découvrir un peu plus ce magazine si ce n’est déjà fait. A très vite pour un nouvel entretien.

 

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7 réflexions sur “Entretien avec Caroline De Benedetti et Emeric Cloche du magazine L’Indic

  1. laplumedelulu 1 mai 2020 / 11 h 44 min

    Merci Steve pour ce beau partage 🙏 Décidément la bibliothèque rose ou verte a bercé beaucoup de monde. 😉😘

    Aimé par 1 personne

  2. Jean pierre frey 1 mai 2020 / 16 h 34 min

    Bonjour A l’adresse des indics
    C est promis j y reviens je vous avais abandonné à La baule avant ma retraite
    Désormais en Bretagne au pays du « goéland masqué » a Penmarc’h donc
    Merci à la caverne que je suis toujours régulièrement
    Jean pierre frey

    Aimé par 1 personne

    • lacavernedupolar 2 mai 2020 / 11 h 23 min

      Merci à vous Jean-Pierre. La Caverne est un peu en pause depuis le confinement, mais j’espère que bientôt je vais pouvoir y consacrer plus de temps à nouveau.

      J'aime

  3. Patrick Galmel 4 mai 2020 / 6 h 52 min

    Bonjour à vous.
    Petite rectification : Franck Thilliez n’a pas fait ses débuts chez Pol’Art Noir contrairement aux souvenirs de Caroline. Je lui ai bien proposé de rejoindre le Coin des Artisans (rubrique qui mettait en avant des auteurs méconnus) mais il avait refusé, eu égard pour son premier éditeur. D’autres non, comme Paul Colize, Élisa Vix, Marie Vindy…
    Longue vie aux Fondus !

    Aimé par 1 personne

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