Entretien avec Isabelle Villain – Mauvais genre

CVT_Mauvais-genre_2535

 

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

J’ai 53 ans, je suis née à Casablanca. Mariée et un fils de 26 ans. Je suis une passionnée de musique, de cinéma, de voyages et bien sûr de littérature. Sur un plan professionnel, j’ai eu deux vies bien distinctes. La première comme organisatrice de salons et chef de publicité dans la presse. Beaucoup de boulot, beaucoup de contacts, beaucoup de relations publiques. La seconde depuis une dizaine d’années beaucoup plus solitaire. Assise devant mon écran d’ordinateur à inventer des histoires. Je retrouve mon côté communicant lors des séances de dédicaces !

 

Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Mon premier coup de cœur littéraire fut pour Roger Frison Roche. J’étais partie en classe de neige en CM2 et notre instituteur nous lisait tous les jours un chapitre de « Premier de Cordée ». J’ai dû relire ce livre une dizaine de fois et je verse ma petite larme toujours au même endroit…

 

D’où vous est venue l’envie d’écrire des « thrillers » ?

J’ai toujours lu des romans policiers. Agatha Christie puis Exbrayat et Simenon. Alors, quand j’ai franchi le pas pour tenter l’aventure de l’écriture, c’est tout naturellement que je suis allée vers le thriller. Une histoire trottait dans ma tête depuis un bout de temps et je me suis décidée à la coucher sur le papier. Tout simplement.

 

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre dernier roman « Mauvais Genre » ?

Dans « Mauvais genre », il y a deux enquêtes qui se croisent. Il y en a une qui est tirée d’un fait divers qui s’est passé aux États-Unis dans les années 80 et une autre qui est une pure fiction, sortie tout droit de mon imagination, mais avec en toile de fond un sujet de société qui me tient particulièrement à cœur. L’idée d’aborder le thème de la transidentité est venue d’un reportage à la TV qui s’appelait « Devenir Il ou Elle » et qui retraçait la vie de plusieurs adolescents à différents stades de leur transition. La vie de ces jeunes, et de leurs parents qu’il ne faut évidemment pas oublier, m’a bouleversée. J’ai créé une intrigue à partir des recherches effectuées sur ce sujet.

 

 Comment vos personnages prennent-ils vie en général ?

Tous mes personnages sont imaginaires, mais je m’inspire souvent de mon entourage pour des détails, des anecdotes, des lieux, des noms. J’ai inventé le personnage de Rebecca en regardant la série « Lost » avec mon fils. Dans la saison 2, il y avait une superbe femme rousse qui s’appelait Rebecca, et je cherchais un nom à l’époque pour mon héroïne. C’est mon fils qui m’a dit un soir « tu n’as qu’à l’appeler Rebecca de Lost ! C’était parti !

 

Avez-vous prévu d’écrire une suite concernant la saga Rebecca de Lost ?

Elle est même terminée ! Le manuscrit est chez mon éditeur (Taurnada). J’attends donc les corrections. La sortie est annoncée pour le tout début de l’année 2020. Vous aurez les réponses à toutes vos questions laissées en suspens à la fin de “Mauvais genre”. Ce sera la fin d’un cycle. Je pense ensuite abandonner Rebecca un moment pour tenter l’aventure d’un one-shot un peu différent. Laisser tomber le roman policier et peut-être me diriger vers le polar historique ou le thriller. Trop tôt encore pour le dire.

 

Êtes-vous une grande lectrice et si oui quels sont vos modèles ?

Je lis environ un livre tous les 15 jours, un peu plus en vacances. Je ne lis presque que du polar. Quelques grandes sagas historiques (surtout les Russes) et quelques livres sur la Seconde Guerre mondiale. Mes auteurs favoris sont Pierre Lemaitre et Karine Giebel. Les deux seuls auteurs que j’achète en grand format, dès leur sortie. J’ai découvert grâce à tous les groupes de polars sur Facebook un nombre incalculable d’écrivains francophones inconnus et très talentueux. Actuellement, je me concentre sur eux.

 

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Suspense… J’adore ce mot ! Et merci à vous de donner la parole à des auteurs méconnus du grand public.

Lien vers ma chronique de Mauvais genre

Je tiens à remercier Isabelle Villain d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette auteure.

 

isa

Biographie d’Isabelle Villain

Isabelle Massare Villain est née à Casablanca en 1966.

Après une école de commerce et un troisième cycle de publicité, elle  travaille dans l’événementiel et l’organisation de salons professionnels.

En 2000, elle se lance dans l’écriture de romans policiers. Des romans « régionalistes » à diffusion locale dans un premier temps, puis en diffusion nationale.

Son quatrième livre « Peine Capitale », publié aux Editions Auteurs d’Aujourd’hui, a reçu le prix Maurice Bouvier 2015, qui récompense un auteur de polar.

«Âmes battues », le second volet de « Peine capitale » a reçu le prix polar 2016 du festival « jeter l’encre à Arcachon »

« Mauvais genre » est le troisième volet des enquêtes du groupe de Lost. Il est publié et édité aux Editions Taurnada.

Mauvais genre – Isabelle Villain

Un grand merci aux Editions Taurnada pour cette lecture.

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler de Mauvais genre d’Isabelle Villain. Pour moi c’est une découverte, mais ce roman est le troisième tome de la saga Rebecca de Lost. Mais rassurez-vous il peut très bien se lire individuellement. Allez suivez-moi c’est parti en direction du 36 Quai des Orfèvres à Paris. CVT_Mauvais-genre_2535

L’histoire débute en 1993 avec Hugo, un petit garçon qui assiste à la violence de son père sur sa mère. Jusqu’au jour, où les coups portés sont trop fort et que ceux-ci sont fatale sur sa mère qui en décède. On bascule ensuite en 2016, Angélique Lesueur, une jeune kiné, a été retrouvée assassinée chez elle à l’arme blanche. Le commandant Rebecca de Lost et toute son équipe du 36, quai des Orfèvres vont devoir se charger de cette enquête. En parallèle à l’enquête principale, plusieurs enquêtes se chevauchent. Son équipe et elle se retrouvent avec un autre cadavre sur les bras et la disposition de celui-ci, n’est pas sans leur rappeler les méthodes d’un certain tueur en série qu’ils ont arrêtés sept ans plutôt. Après une enquête préliminaire, le doute n’est plus permis,  il y a sept ans, il y a eu erreur et le vrai coupable n’a pas été arrêté. Ce dernier court toujours et semble avoir repris du service. Entre les lettres de menaces, et les coups de fil anonymes, Rebecca semble être la prochaine cible…

Nous allons donc suivre les enquêtes de ce groupe que Rebecca gère à la perfection. Elle sait tenir son groupe, gérer les égos, rassurer ses enquêteurs et atténuer les rivalités… Proche de la cinquantaine, elle est veuve, sans enfants et a une liaison avec un collègue marié, mais elle est surtout complètement dévouée à son travail.

Isabelle Villain a un style incisif et percutant. Les scènes se succèdent sans temps mort et nous suivons plusieurs enquêtes à la fois. L’auteure est bien documentée et ses intrigues sont d’un grand réalisme. Malgré le grand nombre de roman policier en tout genre que j’ai déjà lu, j’ai apprécié le fait de mieux découvrir le métier de procédurier. Et ça vous le savez tous maintenant mais j’adore les intrigues mettant en scène un tueur en série et son modus operandi.

Mauvais genre est un thriller intéressant où plusieurs enquêtes s’entrecroisent. Vu le dénouement, j’ai hâte de lire le prochain opus mettant en scène Rebecca et son équipe. Je vais essayer de me procurer les deux premiers tomes et continuer de suivre Isabelle Villain. En somme une belle découverte.

Résumé de l’éditeur :

Hugo Nicollini est un garçon différent des autres gamins de son âge. Un père brutal. Une maman protectrice. Un soir, il est témoin d’une dispute entre ses parents. Une de plus. Une de trop. Cette fois-ci, sa mère succombera sous la violence des coups.
Vingt-trois ans plus tard, l’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur la mort d’une jeune femme, sauvagement poignardée dans son appartement. Pas d’effraction. Pas de vol. Pas de traces de défense. L’entourage de la victime est passé au crible, et l’histoire du petit Hugo va refaire surface bien malgré lui.

Isabelle Villain – Mauvais genre (Editions Taurnada 2018)

etoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-vide

Entretien avec Victoria du blog Un Livre Toujours

Je continue cette série d’entretien et aujourd’hui c’est au tour de Victoria du blog Un Livre Toujours de vous en dire un peu plus sur elle.

logo bloog.png

 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Alors moi c’est Victoria, j’ai 27 ans, vit en Haute-Normandie et je suis infirmière en oncologie depuis 3 ans.

 

  • Quel est ton premier souvenir avec le monde du livre ?

Un de mes premiers souvenirs avec un livre c’est en grande section de maternelle que j’essayais déjà de déchiffrer une BD sur le monde des pirates au lieu de jouer à d’autres jeux avec mes camarades haha. Et plus tard ça a été la découverte et le début d’une grande passion avec la saga Harry Potter. Je m’isolais dans la cour de récré pour pouvoir lire le tome 4. Déjà petite, les livres et moi étions inséparables.

 

  • Quelle est la date de création et l’origine du nom de ton blog ?

Alors officiellement j’avais créé mon blog fin 2016 mais mon premier article date d’avril 2017. J’ai mis un peu de temps avant de me lancer dans l’aventure.

 

  •  Qu’est ce qui t’a motivé a créer ton blog Un Livre Toujours ?

Il faut savoir qu’il y a 8 ans de cela (déjà !) j’avais créé mon premier blog notamment grâce au forum de Livraddict et les échanges qui ont eu lieu dessus. Je l’ai tenu pendant deux ans avant de devoir arrêter par manque de temps et surtout que j’étais en pleine réflexion de ce que je voulais faire plus tard, m’étant déjà perdu dans plusieurs filières. Du coup j’ai un peu mis de côté la lecture le temps de me poser et de trouver ma « voie ».

Une fois le diplôme d’infirmière en poche et même plutôt vers la fin de mes études j’ai découvert Instagram et le monde de Bookstagram plus précisément. Et c’est là que j’ai eu envie de recommencer à tenir un blog pour échanger, donner mon avis qu’il soit positif ou négatif et en garder une trace. Et il faut avouer que j’adore parler et qu’Instagram est limité en caractère, d’ailleurs je dois parfois synthétiser mes avis quand je le partage et c’est un exercice assez difficile.

La création du blog s’est faite petit à petit, pas de façon très régulière il faut se l’avouer haha. Aujourd’hui j’arrive à me tenir à une certaine cadence même si tous les livres que je lis ne sont pas forcément chroniqués car pas rédigés ^^. Et je prends plaisir à écrire mes articles qu’ils concernent le bilan du mois, mes achats, mes avis ou encore les questions du jeudi que j’ai instauré en début d’année.

 

  • Combien d’heures consacres-tu à ton blog chaque semaine ?

C’est très variable en fonction de ce qui est prêt ou pas. Avant de rédiger sur mon blog, j’écris dans un carnet mon avis. Déjà juste pour écrire ça me prends 30mn à 1h. Ensuite vient le moment de prendre la photo et enfin de rédiger le tout. Si je fais deux ou trois articles dans la semaine je dirais que ça me prends 3 à 4h voire un peu plus parfois. J’avoue qu’en réalité je ne compte pas vraiment mon temps surtout que je le fais de manière décousue. Je travaille de nuit et lorsque j’ai un moment d’accalmie je commence à rédiger avant de peaufiner sur l’ordinateur le lendemain. Donc tout est variable surtout que je suis quelqu’un d’assez bordélique mais organisée dans son bordel. Ce n’est pas toujours évident mais j’essaye de me tenir à une certaine rigueur. Bon là j’ai 5 chroniques à rédiger je me dis qu’il est temps que je me mette un coup de pression quand même.

 

  • Quels sont tes auteurs préférés ?

Il y en a quelques-uns mais je dirais que ceux qui m’ont marqués et pour des raisons différentes sont Fred Vargas, Franck Thilliez, Patrick Bauwen, Armelle Carbonel, René Manzor et plus récemment Mattias Köping pour qui j’ai eu un réel coup de foudre ! Je me tourne depuis peu vers le polar islandais (on ne dira pas à qui la faute) et j’avoue avoir un petit faible pour Ragnar Jonasson et Arnaldur Indridason (forcément j’ai envie de dire).

 

  • Quelles sont tes autres passions dans la vie ?

Question bien difficile lol. Aller je vais dire les jeux vidéos même si je joue peu, la photographie même si aujourd’hui je n’ai plus le matériel adéquat pour m’adonner à cette passion. J’aime également les séries et les films mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps non plus. En vrai je suis chiante haha. Je m’éparpille beaucoup, j’aime beaucoup de choses mais je m’ennuie facilement. Seul les livres ont su me captiver et me captive encore. Sinon j’aime sortir et boire des bubble tea haha !

 

  • Quel sera ton mot de la fin ?

Merci à toi pour me permettre de m’exprimer dans cette interview et à vous qui allez me lire. C’était chouette d’y répondre mais aussi de lire tes interviews précédentes ! Et à bientôt que ce soit sur le blog, Instagram ou même twitter !

 

Merci à Victoria de s’être prêté au jeu et d’avoir répondu à mes questions. J’espère que cet échange vous a plu. A très vite.

Voici l’adresse du blog : https://unlivretoujours.wordpress.com/

 

20190323_140014.jpgIMG_3903.JPG

Population : 48 – Adam Sternbergh

Un grand merci aux Editions Super 8 pour cette lecture.

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler de Population : 48, le second roman de l’auteur américain Adam Sternbergh. J’aime bien découvrir de nouveaux auteurs et Super 8 a toujours des romans assez troublant. Population : 48 est un livre inclassable pour moi, c’est un mélange entre roman noir, policier, science-fiction et roman d’anticipation tout ça sur fond de western. Allez c’est parti suivez-moi en direction de Caesura au Texas. couv35858521

Caesura, alias « Blind Town », situé en plein désert du Texas, est une minuscule ville de 48 habitants. Un lieu peuplé de gens dont la mémoire a été en partie effacé. Ils ne savent pas qui ils sont et chacun obtient une nouvelle identité. Une vie faite de règles et de privations où il n’y a aucun contact avec l’extérieur. Victimes ou coupables, ils ont tous choisi d’oublier leur passé. Ils doivent obéir à trois règles très précises, aucune visite, zéro contact avec l’extérieur et ils ont tous la possibilité de quitter la ville, mais aucun retour n’est possible. Pendant huit ans, le shérif Calvin Cooper a maintenu un semblant d’ordre dans cette ville perdue au milieu de nulle part. Mais lorsque deux morts viennent briser la quiétude de cette petite communauté, attention le passé peut ressurgir n’importe quand…  Le shérif Cooper et ses deux adjoints essayent de mener l’enquête aussi rapidement et discrètement qu’ils le peuvent avant que tout cela ne les dépassent…

La ville de Caesura, ou Blind Town constitue le cadre d’un huis-clos absolument palpitant. L’ambiance de cette ville perdue au milieu du Texas entre poussière et chaleur, est parfaitement retranscrite. Je trouve que l’idée de ce roman est super originale et très intéressante. A la base je ne suis pas un très grand fan des huis-clos, mais là, j’ai adoré… J’ai adoré l’histoire dans son ensemble. C’est très mystérieux, on se demande quel est le but d’une telle ville, qui est ce qui la dirige et pourquoi ? Que va t’il se passer avec les habitants ? Qui cache quoi ?

Le style d’Adam Sternbergh est très cinématographique. L’histoire est bien rythmée et l’auteur nous offre de nombreux retournements de situation et de révélations. On suit diverses trames sur différents habitants et en même temps on en apprend plus sur les dessous de l’histoire de cette ville. Les personnages sont bien détaillés et l’on s’attache très vite à certains. Au fur et à mesure de la lecture, on devient nous aussi un membre de leur petite communauté et on plonge avec eux dans leur passé plus au moins sordide… Mais la question reste évidemment ouverte : peut-on être un homme meilleur quand on a oublié les atrocités que l’on a faites ? Population : 48 nous fait réfléchir sur la possibilité de rédemption et sur l’identité liée à la mémoire et aux souvenirs.

Population : 48 est un roman différent, ultra-original et surprenant. J’ai passé un bon moment de lecture. Si vous voulez lire quelque chose de vraiment différent, n’hésitez pas ce roman est fait pour vous.

Résumé de l’éditeur :

Caesura Texas – une minuscule bourgade clôturée, au fin fond du désert. Population ? 48 habitants.
Des criminels, a priori. Ou des témoins. Comment savoir ? Tous ces gens ont changé d’identité, et leur mémoire a été effacée. Pour leur bien. Dans l’optique d’un nouveau départ. En échange de l’amnistie, les résidents doivent accepter trois règles simples : aucun contact avec l’extérieur, aucun visiteur, et aucun retour possible en cas de départ.
Une expérience unique, menée par un mystérieux institut. Pendant huit ans, tout ce petit monde est resté à peu près en place. Jusqu’à aujourd’hui. Errol Colfax, en effet, s’est suicidé… avec une arme qu’il n’aurait jamais dû posséder. Puis Hubert Humphrey Gable est assassiné. Calvin Cooper, le shérif local, est contraint de mener l’enquête. Ce faisant, il risque de déterrer des secrets que l’essentiel des habitants – y compris lui-même – auraient préféré voir rester enfouis. Trop tard pour faire marche arrière.
Bientôt, un irrépressible déferlement de violence va s’abattre sur les rues poussiéreuses de Caesura…

Adam Sternbergh – Population : 48 (Editions Super 8 2018) traduit de l’anglais par Charles Bonnot.

Son titre original est « The Blinds » (2017).

etoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-vide

Entretien avec René Manzor – Apocryphe

9782702164259-001-T

 

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

J’ai toujours éprouvé le besoin de raconter. Aussi loin que je me souvienne. J’ai d’abord assouvi ce besoin à travers le cinéma avec des long-métrages comme « Le Passage », « 3615 Code Père Noël ». Puis j’ai eu la chance que ces films soient appréciés par Steven Spielberg qui m’a invité à Hollywood pour travailler sur un projet. Je comptais y passer quelques mois, j’y suis resté dix ans. Pendant ces dix ans, j’ai réalisé pour la télé et le cinéma, et j’ai continué à écrire beaucoup, pour moi et pour les autres.

 

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Une littérature imposée par l’école. Et, quand on impose quelque chose à un enfant, il a tendance à s’en détourner. C’est sans doute ce qui m’a poussé vers le dessin, un espace où mon imaginaire pouvait être en liberté. Ce sont les contes qui m’ont fait découvrir la puissance visuelle des mots. Et notamment celui de J.M Barrie : « Peter Pan » parce que, comme lui, je ne voulais pas grandir et, comme lui, j’étais convaincu qu’une fille était plus utile que vingt garçons.

 

●Vous êtes réalisateur et scénariste, vous travaillez pour le cinéma et la télévision, dîtes moi ce qui vous a poussé à écrire votre premier roman en 2012 ?

Un rêve récurrent que je faisais depuis tout petit : un Luna Park abandonné au bord d’une plage, un manoir victorien dévoré par des plantes grimpantes, un pont suspendu sous la neige… Je me suis longtemps demandé ce que ces décors sans personnage, ces bribes d’histoire attendaient de moi. Et j’avais beau chercher à les ignorer en fabriquant d’autres images avec ma caméra, le rêve était toujours là. Et quand la fatigue se faisait sentir, il refaisait surface. C’est ma femme qui m’a arraché à cette obsession, en parvenant à me convaincre que cette histoire était peut-être destinée à être écrite sans caméra. Avec mes mots comme seul bagage. Deux ans après, mon premier roman, « LES ÂMES RIVALES », était là !

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire « Apocryphe » ?

Lorsque j’étais enfant, l’histoire de Jésus était aussi fascinante pour moi que celle des fées, des magiciens, du Père Noël ou de la mythologie. Elle était une ouverture sur le merveilleux avec son étoile du berger, ses rois mages, ses miracles, sa résurrection… Comme dans les contes, il y avait aussi des passages terrifiants comme « le massacre des innocents » ou la « crucifixion ».
En grandissant, je me suis demandé pourquoi le monde des adultes exigeait qu’on abandonne toutes croyances dans le merveilleux excepté celle-ci. Qu’y avait-il dans cette histoire de plus réaliste que dans les autres ? Pourquoi nous touchait-elle aujourd’hui encore au point qu’on se définisse par rapport à elle : avant ou après J.C., « croyant » ou « non croyant » ? Quelle vérité se cachait derrière cette croyance ? C’était une question sans réponse. Mais, pour y répondre, mes personnages allaient devoir vivre au 1er siècle.

 

Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce roman ?

C’est difficile de répondre à la question car, dans mon cas, les périodes d’écriture littéraire sont souvent interrompues par mon métier de scénariste ou de metteur en scène. Je ne peux donc raisonnablement sortir un livre que tous les deux ans. Mais si je ne faisais qu’écrire des romans, je pense que cela me prendrait un an. Six mois de recherches et six mois d’écriture proprement dite.

 

Vous avez dû effectuer un travail de recherche impressionnant  pour écrire « Apocryphe », est-ce que le fait d’être réalisateur et scénariste vous aide à écrire un tel roman ?

Quand je lis un livre, j’aime pénétrer dans un territoire inconnu, découvrir un univers, une époque, un mystère. Quand je l’écris, ce sont souvent des questions sans réponses qui m’inspirent. Je pousse mes personnages à y répondre en les plongeant dans une situation inextricable.
Mon métier de metteur en scène exige que je sois présent physiquement sur les lieux de l’histoire que je raconte. Un cinéaste est un témoin oculaire, sensoriel des faits qu’il raconte. Il fallait donc que je sois présent au 1er siècle 🙂 Et, comme la machine à remonter le temps n’existe pas encore, c’est par une recherche approfondie que j’y suis parvenu. La  judéité du 1er siècle, la vie sociale en Palestine, l’occupation romaine, les enjeux politiques, stratégiques et religieux de l’Antiquité permettent de toucher de près cette réalité, donc d’être présent sur les lieux. Dès lors, l’enquête peut commencer. Les personnages historiques ne nous apparaissent plus en flash-back, comme dans les livres d’Histoire. On est avec eux ! Ils deviennent des « personnes ». Et l’on est tenté de fouiller là où les historiens n’ont pas pu fouiller : leur humanité, leurs doutes, leurs ambitions, leurs émotions. Tout ce qui nous permet d’en révéler la face cachée, tantôt plus lumineuse, tantôt plus sombre, quitte à être choqué parfois, face à certaines découvertes.

 

 « Apocryphe » évoque la religion, un sujet toujours très sensible à aborder, quel  message voulez-vous faire passer avec ce roman ?

La foi n’est pas basée sur des certitudes. Elle se nourrit du doute. Quand on dit « je crois » c’est bien qu’on n’est pas sûr. L’erreur majeure des églises de tous bords c’est de dire « Nous avons la vérité ». D’où la question sur la couverture du roman : « Qu’est-ce que la vérité? ». Parce que personne ne détient la vérité. C’est la recherche de la vérité qui est intéressante, le voyage. Exactement comme pour la vie : c’est l’existence qui est passionnante, pas la destination. En ce qui me concerne, je crois en plein de choses. Et, si je crois, c’est parce que je ne suis sûr de rien.

 

 Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Mystère. C’est le mot que je préfère.

 

Lien vers ma chronique du roman Apocryphe.

Je tiens à remercier René Manzor d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

Rene-Manzor.jpg

Biographie de René Manzor

René Lalanne, dit René Manzor, né le à Mont-de-Marsan, est un réalisateur et scénariste français. Il est le frère de Francis Lalanne et de Jean-Félix Lalanne. Il débute sa carrière par la réalisation de quelques courts métrages, dont « Synapses » qui remporte le Grand prix au Festival international du jeune cinéma de Hyères. En 1986, il sort son premier long métrage, « Le Passage », un film fantastique avec Alain Delon (également producteur). Après avoir participé à deux épisodes de la série télévisée « Sueurs froides », il met en scène son deuxième long métrage, le thriller « 3615 code Père Noël » (1990). Ce film, considéré aujourd’hui comme une référence culte et qui est ressorti en salles aux Etats-Unis pour Noël 2018, confirme la maestria de René  Manzor à fabriquer des univers visuels impressionnants. Un style qui attire très vite l’attention d’Hollywood. Steven Spielberg et George Lucas l’engagent pour réaliser plusieurs épisodes de leur série Young Indiana Jones. Voilà le jeune Français lancé aux États-Unis où il restera dix ans, travaillant comme scénariste et réalisateur,  mais aussi script doctor pour les grandes productions. À la télévision américaine, il a signé la réalisation de plusieurs épisodes de série comme « Le Voyageur » (The Hitchhiker), « Highlander », « Band of Brothers », « Les Aventures du jeune Indiana Jones ».

Il revient en France et au cinéma avec la comédie fantastique « Un amour de sorcière » (1997), avec Vanessa Paradis, Jeanne Moreau et Jean Reno.
En 2003, il sort son quatrième film, « Dédales », avec Lambert Wilson et Sylvie Testud. Il travaille ensuite uniquement pour la télévision.
Après le cinéma (qu’il n’abandonne pas), la télévision (qu’il compare à une salle de
musculation), Manzor ajoute une corde à son art : le roman. Après le succès en 2012 de son thriller littéraire Les Âmes rivales, son second roman Celui dont le nom n’est plus obtient le prix Polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac en 2014. Suivront en 2016 Dans les Brumes du Mal et en octobre 2018
son roman le plus ambitieux jusqu’ici, le thriller biblique : Apocryphe.
René Manzor confirme que, avec une caméra ou un stylo, il est et reste avant tout
un conteur.