Entretien avec Yvan du blog EmOtionS

 

Je continue cette nouvelle série d’entretien avec Yvan du blog EmOtionS.

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  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Yvan, 50 piges, de Strasbourg. La suite à lire dans les autres réponses.

 

  • Quelle est la date de création et l’origine du nom de ton blog ?

03 janvier 2013, 6 ans déjà, avec une première chronique concernant Dôme de Stephen King (il fallait bien que je débute par le Maître). Mais j’avais commencé à publier mes chroniques sur le site communautaire Babelio dès mai 2011.
Pour pouvoir te répondre, je suis allé relire mes deux premières chroniques. Elles sont assez ridicules, c’est drôle.
Je commence donc à faire partie des dinosaures des blogs littéraires. Surtout quand on voit que beaucoup peinent à dépasser les 3 ans d’existence.

 

  • Qu’est-ce qui t’a motivé à créer ton blog EmOtionS ?

Une lubie de début d’année pour m’occuper l’esprit, sans penser une seule seconde que quelqu’un viendrait lire ce que j’écris. A l’époque, j’étais très loin du milieu des blogs, sans aucune connaissance de ce domaine et des interactions qu’ils peuvent créer. Je l’ai fait dans un premier temps uniquement pour moi, par besoin de me changer les idées, sans aucune idée de ce que ça pourrait donner ensuite.
A l’évidence j’étais arrivé à une période de ma vie où j’avais besoin de développer cette fibre d’échange sur ce qui peut me toucher dans la culture. Depuis mon adolescence, j’ai toujours été attiré par la nouveauté, toujours à l’affût des sorties et à la recherche constante de découvertes et d’émotions.
Mais, si on m’avait raconté la suite de l’aventure, j’aurais hurlé de rire, tellement c’était inimaginable.

 

  • Combien d’heures consacres-tu à ton blog chaque semaine ?

C’est variable, selon l’actualité littéraire du moment et les sorties. C’est difficile à quantifier, je ne compte pas mais j’y passe du temps ça c’est clair, entre chroniques, interviews, échanges avec les auteurs et les éditeurs…
Ce n’est pas tant le temps qui compte, mais l’énergie déployée. Je mets environ 1 heure à écrire une chronique, ce n’est pas très long, sauf qu’ensuite je suis vidé. Impossible pour moi d’écrire deux chroniques à la suite, je n’ai plus de jus après la première.

 

  • As-tu déjà eu l’envie d’écrire toi-même un roman ?

Quand j’avais 20 ans, oui. Ça n’a duré que quelques mois.
Depuis ça ne me tente plus, je prends bien trop de plaisir à plonger dans l’imaginaire des autres, c’est ce qui m’importe. Ce qui m’intéresse, c’est les autres.
Aujourd’hui, tout le monde et n’importe qui peut sortir un livre. Je continue à penser que ceux qui en ont vraiment le talent restent une minorité.

 

  • Quelles sont tes autres passions dans la vie ?

La musique. Le metal (en version mélodique). C’est ma première passion, depuis l’âge de 13 ans (ça fait donc 37 ans…). Je lis depuis que je suis ado (même si j’ai eu un gros passage où je lisais beaucoup moins), mais la musique a toujours été ma première passion.
Des événements dans ma vie personnelle ont fait que je me suis plongé à fond dans la lecture avant de me lancer dans le blog. Mais je suis toujours accro à la musique. D’ailleurs, pendant un moment le blog me servait aussi à parler musique. Mais j’ai vu que ça devenait impossible de tout concilier, surtout avec mes autres activités littéraires. Deux passions fortes, dévorantes et chronophages.

 

  • Comment est-tu devenu modérateur sur les plateaux d’interviews et de tables rondes des salons comme Saint-Maur en poche, Le Festival Sans Nom, Lausan’noir ou Seille de crime ?

Le hasard ou le destin, selon à quoi tu crois. La passion et le travail aussi.
Tout ce qui m’est arrivé par le blog et grâce au blog, je ne l’ai pas expressément cherché. Tout est venu à moi sans que je ne fasse aucun forcing ou aucune demande de mon côté. Il faut croire que la qualité du « boulot » que je propose par mon blog, ma régularité et mon bon contact ont aidé à me faire remarquer dans le flot des blogueurs.
Bref, tout ceci est une surprise, pour moi en premier, intervieweurs sur les salons, membre de l’organisation du Festival Sans Nom de Mulhouse (et d’autres aventures à venir)… Je le fais juste avec passion, et j’y consacre énormément d’énergie et de temps.

 

  • Depuis 2017 tu es membre de l’organisation du Festival Sans Nom à Mulhouse, quel est ton rôle ?

Tout d’abord, quelques mots pour présenter le Festival Sans Nom de Mulhouse, en Alsace ! En 2018, c’était la 6ème édition et c’est un événement qui ne cesse de prendre de l’ampleur tout en gardant l’aspect convivial qui fait partie de son ADN. D’où la volonté de limiter le plateau à 30 auteurs, afin de bien les recevoir et de permettre aux visiteurs de lier un vrai contact avec eux. La qualité avant la quantité.
Un week-end chargé et plein d’échanges ! Notez les dates pour 2019 : les 19 et 20 octobre !
J’ai commencé par des interviews sur les plateaux du Festival Sans Nom 2015, en tant qu’intervenant extérieur à l’organisation, suite à leur gentille proposition. J’ai intégré le comité d’organisation au courant de l’édition 2017.
Depuis, j’y suis en charge des relations avec les éditeurs, du « recrutement » des auteurs, de la communication sur les réseaux sociaux, du prix littéraire. Je profite de mes contacts privilégiés établis à travers mon blog.

 

  • Tu es également organisateur et président du jury du prix littéraire du Festival Sans Nom depuis 2017, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Quand je suis arrivé dans le comité pour étoffer l’équipe qui était en place depuis la première édition (je suis venu en même temps que Caroline, du blog Carobookine), j’ai demandé pourquoi le Festival Sans Nom n’avait pas de prix littéraire. Mes collègues m’ont expliqué ne pas avoir le temps de gérer cette partie en plus de tout ce qu’il y a à faire. « Tu veux t’en occuper ? Eh bien, vas-y » m’ont-ils dit. Et voilà comment je me suis retrouvé avec les clés du camion du prix littéraire du Festival Sans Nom.
Je gère donc toute cette partie, du choix des livres en compétition et des jurés (avec l’avis de tous les collègues bien évidemment), jusqu’à l’organisation des échanges, des votes, de la communication…

 

  • As-tu d’autres projets pour dans le futur ?

Figure-toi que oui ! Un autre projet très différent, toujours en lien avec la littérature.
Je ne peux pas encore entrer dans le détail, je le ferai bientôt, mais je peux t’en donner les grandes lignes.
Ton blog est d’ailleurs le tout premier endroit où j’en parle officiellement.
En mai ou en juin 2019 (la date reste à caler définitivement) sortira chez un grand éditeur, un recueil de nouvelles sur une thématique qui me tient particulièrement à cœur. Pas du tout un énième recueil fait pour une cause. Ou plutôt si : défendre la cause de la nouvelle, un art à part entière, trop souvent négligé en France ! Il s’agira d’un bel objet, en grand format.
Une nouvelle expérience très forte pour moi puisque j’en suis le Directeur d’Ouvrage (titre ronflant, mais c’est le nom officiel).
En pratique, c’est moi qui ai proposé le projet, son thème et les auteurs impliqués. Je suis en charge de la relecture des textes et du travail éditorial en collaboration étroite avec les équipes de cet éditeur bien connu.
13 auteurs de renom, une sacrée brochette de talents. Et des textes absolument formidables, parce qu’ils ont tous joué le jeu à fond et fait preuve d’une incroyable créativité.
Sincèrement, ça vaudra la peine d’être curieux, j’ai eu des frissons à la lectures de ces histoires.

 

  • Quel sera ton mot de la fin ?

Lisez ! Ça permet de prendre du recul sur le monde et sur les gens, et donc mieux les comprendre.

 

Merci à Yvan de s’être prêté au jeu et d’avoir répondu à mes questions. J’espère que cet échange vous a plu. A très vite.

Voici l’adresse de son blog. https://gruznamur.com/

 

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Fantazmë – Niko Tackian

Chronique :

Ayant récemment lu Toxique et découvert Tomar Khan, j’ai très vite enchainé avec le second opus, Fantazmë (qui veut dire Spectre en albanais). Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’avoir lu Toxique pour lire cette nouvelle affaire, ceci dit, comme d’habitude je vous conseille la lecture du premier volume car il permet vraiment de découvrir et de bien comprendre le personnage de Tomar Khan. Du coup c’est reparti en direction du 36 quai des orfèvres à Paris. 9782702162804-001-t

Cette seconde enquête du commandant Tomar Khan, en apparence très classique, va se révéler être une intrigue bien plus complexe. Un migrant est retrouvé atrocement mutilé dans le 18ème arrondissement de Paris. Le « spectre » en question, est un insaisissable tueur qui sévit dans les quartiers chaud de Paris et notamment au coeur même de la mafia. Très vite on plonge dans les méandres de la Mafia albanaise qui sévit à Paris et dans ses proches banlieues avec des revirements étonnants… Yuri le chef de la mafia albanaise est loin d’être un enfant de cœur ! Il se sert des migrants pour arriver à ses fins et aucun obstacle ne peut entraver sa route et l’empêcher de faire ce qu’il veut. Finalement fiction et réalité se rejoignent par l’omniprésence de cette actualité qui, malgré la forte propension à l’individualisme qui règne dans nos sociétés, heurte incontestablement notre sensibilité.

Quel plaisir de retrouver Tomar Khan, ce commandant de police très charismatique qui se bat avec ses propres démons, et son passé douloureux. On retrouve également toute son équipe, Rhonda, Franck et Dino. Nicko Tackian nous plonge dans les côtés les plus noirs et les plus violents de notre société. Il arrive à nous faire ressentir au plus proche la réalité du monde dans lequel nous vivons. Ce que j’aime beaucoup c’est justement le fait que son histoire est ancrée dans l’actualité. Les sujets qu’il aborde sont brûlants et nous pousse à la réflexion. Il nous livre un roman d’une efficacité redoutable.

Niko Tackian confirme tout son talent, Fantazmë est un thriller violent, ancré dans l’actualité. C’est avec grand plaisir que je lirai la suite des enquêtes de Tomar Khan.

Résumé de l’éditeur :

Janvier 2017. Dans une cave du XVIIIe arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’affaire qui restera en suspens des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre. Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Niko Tackian – Fantazmë (Editions Calmann-Lévy 2018), (Le Livre de Poche 2019)

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Complot – Nicolas Beuglet

Chronique :

En 2017 j’ai vraiment eu un énorme coup de cœur pour Le Cri, premier opus de la série Sarah Geringën. C’est avec grand plaisir que je me suis plongé dans Complot, qui peut être lu indépendamment pour ce qui est de l’enquête en elle-même. Mais comme d’habitude, je le répète souvent, c’est mieux de commencer par le premier opus, pour comprendre mieux tous les personnages. C’est parti en direction de l’île de Grimsøya en Norvège. beuglet-nicolas-complot-couverture-e1523645993286

Quelques mois après la fameuse « affaire 488 », l’inspectrice de police norvégienne Sarah Gerigën et son compagnon français, le journaliste Christopher Clarence, ont décidé de s’installer ensemble sur l’île de Grimsøya, pour fonder une famille avec Simon. Mais voilà que très vite un hélicoptère des forces spéciales norvégiennes vient chercher Sarah pour une mission top secrète. Et après plusieurs heures de vol, en direction du Nord-est, ils arrivent à Hornøya, une petite île proche de Vardø à côté de la frontière Russe. Dès lors Sarah a compris… Cet îlot est la résidence secondaire de Katrina Hageback, la première ministre norvégienne.
Sarah va devoir résoudre rapidement le meurtre de la première ministre que l’on vient de retrouver assassinée, dans une mise en scène très étrange. Elle n’a pas beaucoup de temps devant elle pour tenter de comprendre qui a pu vouloir commettre pareil crime… Les éléments dont elle dispose ne sont pas cohérents, les indices ne s’assemblent pas et les premières théories échafaudées sont tout simplement impossibles. Mais au final, elle va se retrouver face à quelque chose qui pourrait très vite la dépasser… De la Norvège au Liban, en passant par l’Allemagne et l’Italie, Sarah va mener une enquête très complexe.

Dans Complot, l’auteur aborde le féminisme et ses opposants. Mais également, la religion, les mythes et la science. Comme pour le Cri, Nicolas Beuglet a accompli un travail de documentation et de recherches phénoménal. J’ai appris énormément de choses dans ce roman.

Pour terminer, je trouve que Complot est un thriller au suspense haletant qui nous entraîne bien au-delà de notre imagination. Nicolas Beuglet a de nouveau frappé très fort. Même si j’ai légèrement préféré Le Cri, ce roman est une vraie réussite. Et vu que la fin laisse présager une suite, j’ai hâte de retrouver Sarah et Christopher.

Résumé de l’éditeur :

Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux.

Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre.

Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière. Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées…

De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu’au cœur même du Vatican, c’est l’odeur d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes. à ses vérités les plus enfouies…

Étayé par les dernières découvertes de la science et de l’histoire, Complot explore les secrets premiers de l’humanité.

Nicolas Beuglet – Complot (XO Editions 16/05/2018).

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Entretien avec Marin Ledun – Dans le ventre des mères

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 Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Je crois qu’il s’agit de la bibliothèque de mes grands-parents, une immense « armoire » protégée de la poussière par des portes vitrées fermées à clef. Les clefs étaient sur les portes. De sorte qu’il suffisait de les tourner pour qu’on puisse avoir accès aux livres. Histoire française, littérature, beaux livres, biographies, vieux livres et ouvrages récents, quelques milliers en tout, du sol au plafond, sur tout un pan de mur, une odeur d’humidité et d’encre. Voilà, c’est ça, mon premier souvenir, des odeurs et des livres, la bibliothèque d’une ferme au fin fond de l’Ardèche. Evidemment, j’ai fini par avoir la taille d’atteindre les clefs, d’ouvrir les portes et de lire ces livres !

 

● D’où vous est venue l’envie d’écrire des romans noirs ?

Je viens justement de publier un essai, intitulé Mon ennemi intérieur, aux éditions du Petit Ecart, pour essayer de répondre à cette question. Ce livre parle de ma pratique de l’écriture, de mon parcours professionnel et de ce moment où, en 2005, je me lance dans l’écriture romanesque, en particulier de romans noirs. Alors, « noir » parce que « critique sociale » et « roman » parce que la fiction est un détour imaginaire qui permet de parler du monde dans lequel nous vivons. Je dirais : tout simplement. D’un côté, je travaillais comme chercheur, je militais, avec ce sentiment que l’action collective est nécessaire pour que le monde avance. De l’autre côté, j’avais aussi ce besoin d’avance individuellement, ce que me permet l’écriture de romans noirs. Autonomie collective et individuelle, comme dirait Castoriadis. Ma singularité et le collectif humain dans lequel j’évolue. Les deux m’étant indispensables pour écrire.

 

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre roman « Dans le ventre des mères » ?

Dans le ventre des mères est en réalité la suite de mon premier roman, Marketing Viral. En 2005, quand j’ai écrit ce dernier, je n’étais pas romancier, mais chercheur. J’avançais à tâtons, sur mon temps libre, sans savoir que ce que j’étais en train d’écrire allait devenir un roman et que ce roman allait être publié. J’avais simplement besoin de sortir de l’univers extrêmement codifié, normé de la recherche en entreprise et à l’université, pour essayer d’observer mes objets de recherche sous un autre angle. La recherche scientifique, dominée par l’idée scientifique et technicienne, part du principe qu’elle propose la seule « bonne » vision du monde, une vision objective, car scientifique, et validée par des enquêtes techniquement irréprochables. Evidemment, c’est un mythe et une idéologie. Il y a d’autres façons de regarder le monde et de le comprendre. Parlons d’amour, par exemple. Vous pouvez imaginer cela comme un ensemble de systèmes nerveux, hormonaux, génétiques, électriques, physiologiques. Vous pouvez également le concevoir comme un phénomène purement social (lié à une culture, par exemple). Et vous pouvez l’aborder de manière poétique ou purement émotionnelle ou encore esthétique. Le roman, avec l’écriture de Marketing Viral, a été pour moi l’occasion d’aborder certains des thèmes des recherches développées dans mon laboratoire d’une autre façon. Sept ans plus tard, j’ai écrit Dans le ventre des mères, sous l’impulsion de mon amie Stéfanie Delestré (alors directrice du Poulpe chez Baleine, et aujourd’hui devenue directrice de la Série Noire), et avec l’envie de renouer avec cette première émotion d’écriture. A une différence près : cette fois-ci, j’étais devenu romancier. Je savais comment écrire et pourquoi je le faisais. Bien entendu, je n’en avais pas terminé avec la question des bio et nanotechnologies, j’avais encore des choses à dire sur le sujet.

 

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement le commandant Vincent Auger et Laure Dahan ?

Ma façon de voir les choses est assez simple. Un roman, pour moi, c’est une histoire (ici, la suite des aventures de Laure Dahan), des personnages pour incarner cette histoire, pour lui donner de la chair, et un style (un point de vue, ici le « noir »). Laure Dahan existait déjà dans Marketing Viral, dont elle est l’héroïne. Je n’ai donc eu qu’à reprendre son histoire là où je l’avais laissée. Mais il me fallait un deuxième personnage, plus ancré dans le réel. Je ne suis pas très à l’aise avec les personnages de flics, je m’y intéresse peu à vrai dire (cela viendra peut-être), mais il me fallait ce personnage ancré dans le réel qui me permette de contrebalancer la folie de l’univers technicien et scientifique, idéologique, dans lequel baignent les autres personnages, dont Laure Dahan. Ainsi est né Vincent.

 

● Etes-vous un grand lecteur et si oui qui vous a inspiré ?

Je lis trois, quatre livres par semaine, et je n’en écris qu’un par an. Je suis donc davantage un lecteur qu’un romancier. Particulièrement en période d’écriture où je deviens boulimique. Le talent des autres me stimule, sans vraiment m’influencer (je sais que c’est une crainte chez certains écrivains). Regarder la télé me tire vers le bas, lire des romans et parler avec mes amis me stimule. Je n’ai aucun écrivain modèle, mais j’ai en ai des milliers. Il y a bien sûr les livres-phares, ceux qui vous marquent, qui changent votre vie, qui vous font rire ou pleurer (pour moi, ça a été Erskine Caldwell, Hemingway, Giono, puis Ellroy, Crews, Garnier, Pete Texter, etc.), mais il y a aussi tous les autres, ceux dont on oublie parfois le titre ou le nom de l’auteur et qui pourtant, au détour d’une scène, d’une description, d’un personnage, vous changent durablement sans que vous vous en rendiez compte. Par petites touches, par petits coups de pinceau. Une formule, une phrase qui vous trotte dans la tête, une émotion ressentie qui vous permettra de résoudre un problème dans votre « vraie » vie. Le pouvoir de la fiction romanesque est hallucinant.

 

● Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est-ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

Je crois que l’écriture de ma thèse de doctorat, entre 1998 et 2003 a durablement influencé ma façon de procéder. Quand je débute l’écriture d’un roman, j’ai déjà toute la documentation nécessaire, triée, classée, rangée, digérée, j’ai également un plan très détaillé de l’histoire, des biographies des personnages principaux, une scène d’ouverture, et, pour répondre à votre question, une fin déjà établie. Le cas de Dans le ventre des mères est sensiblement différent, puisque la fin que j’ai imaginée au début n’a pas convaincu mon éditeur (Flammarion) et mon éditrice (Nelly Bernard). J’ai donc réécrit les dernières pages. Et ma foi, ils avaient raison.

 

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon travail et pour toutes vos questions qui portent sur un roman qui fête ses sept ans et qui paradoxalement me permettent de mieux comprendre pourquoi j’écris aujourd’hui.

 

Lien vers ma chronique Dans le ventre des mères.

Je tiens à remercier Marin Ledun d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

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Biographie de Marin Ledun

Marin Ledun né le 07 mai 1975 à Aubnas en Ardèche est un romancier français et un ingénieur de recherches en sciences humaines et sociales. Docteur en communication politique, il a été un spécialiste des questions liées au vote électronique. Il a publié un essai sur la démocratie assistée par ordinateur en 2005, et ses recherches actuelles portent sur l’émergence de nouvelles pathologies liées à l’organisation du travail. Après un travail sur les enfants martyrs dans « Modus operandi » (Au Diable Vauvert, 2007), puis sur l’enfant cobaye et les biotechnologies, dans « Marketing viral » (Au Diable Vauvert, 2008), il poursuit sa réflexion sur le contrôle social et l’héritage culturel que le monde contemporain lègue à ses enfants dans « Le Cinquième Clandestin » (La Tengo, 2009) et « Un Singe en Isère » (Le Poulpe, 2010). La collection « Série Noire » de Gallimard publie en mars 2010 son roman « La Guerre des Vanités » (Prix Mystère de la critique 2011) . « L’homme qui a vu l’homme » (Prix Amila-Meckert 2014), « Dans le ventre des mères », « Les visages écrasés ». « Au fer rouge » sort début 2015. Suivra l’année suivante, « En douce » qui reçoit le Prix Transfuge du meilleur Polar 2016. La plupart de ses romans évoquent la crise contemporaine et ses conséquences sociales. Citoyen engagé dans le mouvement social radical, auteur de nombreux articles et ouvrages de recherche, marathonien, peintre et guitariste, Marin Ledun vit aujourd’hui dans les Landes près de la côte, au sud… Son dernier roman « Salut à toi ô mon frère » est sorti en mai 2018 (Série Noire, Gallimard).

L’écorchée – Donato Carrisi

Chronique :

J’ai découvert Donato Carrisi avec Le Chuchoteur, le premier opus de la saga Mila Vasquez. Aujourd’hui je vais vous parler du second tome L’écorchée. Je signale quand même qu’il vaut mieux avoir lu Le Chuchoteur avant. Je trouve que c’est toujours mieux de lire dans l’ordre pour vraiment comprendre tous les personnages. Allez suivez-moi en direction de l’Italie. donato-carrisi-l-c3a9corchc3a9e

Sept ans ont passés depuis l’affaire du Chuchoteur. Mila Vasquez travaille toujours encore dans les Limbes, ce service de police qui s’occupe de retrouver les personnes portées disparues. Dans la salle des Pas Perdus sont affichées leurs portraits et Mila passe tous les jours devant eux. Et justement une de ces personnes disparue est réapparue en massacrant une famille entière. Mila va être confronté à plusieurs personnes qui avaient disparu pendant de nombreuses années, et toutes celles-ci reviennent pour commettre des meurtres.  Plusieurs hypothèses sont possibles, terrorisme, sectes, … Mila va devoir interpréter au mieux tous les indices et faire le rapprochement entre toutes ces personnes. Mais pour cela elle sera épaulée par Simon Berish, un flic spécialiste en anthropologie au passé douteux, accompagné de son chien Hitch.

J’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver le personnage de Mila. Même si il faut bien l’avouer, c’est un personnage assez bizarre qui n’éprouve aucune empathie pour qui que ce soit, pas même sa fille. Elle est obligée de se mutiler pour ressentir une émotion, une douleur qui la libère momentanément de ses angoisses. L’affaire du chuchoteur l’a beaucoup marqué et elle a toujours encore du mal à s’en remettre. Elle vit sans cesse dans un équilibre précaire pour ne pas basculer du côté obscure. Le second personnage important de ce roman est Simon Berish, un flic mis à l’écart, soupçonné de corruption, qui va aider Mila à y voir plus clair dans l’enquête. D’ailleurs je trouve que les deux forment un très bon duo.

C’est fascinant comment l’auteur arrive à nous expliquer, comment une personne, quelle qu’elle soit, peut en arriver à disparaître dans le néant, s’effacer complètement, ou encore manipuler les autres jusqu’à les pousser au meurtre. Donato Carrisi excelle vraiment dans cet aspect psychologique du thriller.

L’écorchée est un livre très sombre. L’intrigue est bien maitrisée, le suspense est présent et les différents protagonistes sont très aboutis. J’ai hâte de lire le troisième opus L’égarée… Pour terminer je vais rajouter un extrait du livre que j’ai adoré.

  • S’il existait un seul homme sur terre, serait-il bon ou mauvais ?
  • Ni l’un ni l’autre… ou peut-être les deux.
  • Exact. Les deux forces ne constituent pas une dichotomie, deux opposés nécessaires supposant que le bien n’existerait pas sans mal et vice-versa. Parfois le bien et le mal sont le résultat d’une convention mais, surtout, ils n’existent pas sous une forme absolue. L’hypothèse du mal dit « Le bien de certains coïncide toujours avec le mal d’autres, mais le contraire vaut également. »

 

Résumé de l’éditeur :

Avez-vous jamais eu envie de disparaître ? On a tous ressenti un jour ou l’autre l’envie de disparaître. De fuir le plus loin possible. De tout laisser derrière soi. Mais il y en a pour qui cette sensation n’est pas que passagère. Elle les obsède, les dévore, les engloutit. Ces individus se volatilisent corps et bien. Nul ne sait pourquoi. Nul ne sait où. Et bientôt, tout le monde les oublie. Ou presque. Chaque fois que Mila Vasquez entre dans « Les Limbes », le bureau des personnes disparues aux murs tapissés de leurs portraits, leurs yeux se braquent sur elle. Elle les garde toujours à l’esprit, elle, l’enquêtrice qui porte dans sa chair les marques des ténèbres, comme autant de fleurs rouge sang. Peut-être est-ce pour cela, d’ailleurs, qu’elle excelle dans son domaine. Peut-être est-ce pour cela, aussi, que sept ans après s’être mesurée au Chuchoteur, elle refuse d’éprouver la moindre émotion. Et si, soudain, ces disparus réapparaissaient pour tuer ? Comme le ressac, les ténèbres recrachent d’abord les indices d’une existence passée. Puis les êtres. À première vue ils semblent identiques, mais dans l’intervalle, le mal les a transformés. Où étaient-ils pendant tout ce temps ? Pourquoi sont-ils revenus ? Pour arrêter cette armée des ombres, Mila devra échafauder une hypothèse convaincante, solide, rationnelle. Une hypothèse du mal. Mais pour la mettre à l’épreuve, il lui faudra à son tour basculer dans l’abîme.

Donato Carrisi – L’écorchée (Calmann-Lévy 2013), (Editions France Loisirs 2014), (Le Livre de Poche 2014) traduit de l’italien par Anaïs Bokobza.

Son titre original est « L’ipotesi del male » (2013).

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