Bilan Polars 2018

Retour sur l’année 2018

Cette année le blog a connu une longue pause de plus de 7 mois pour raisons personnelles. Malgré tout 21 nouvelles chroniques et 5 entretiens avec différents auteurs et blogueurs ont vu le jour sur La Caverne du Polar. Comme chaque année, un mélange entre des livres récents et des romans plus anciens. Le souci qui guette chaque année c’est d’être submergé par l’actualité et par la quantité de nouveautés. Il faut donc sans cesse faire des choix, souligner les belles découvertes et évaluer les nouveaux romans de nos auteurs préférés. 2018 a également été l’occasion pour moi de rencontrer pas mal d’auteurs et de blogueurs, que j’apprécie beaucoup.

Cette année j’ai également décidé de changer de nom de domaine et enlevé le « .wordpress », pour avoir une adresse plus simple et pour enlever les publicités.

 

Mes coups de cœur en 2018

Cette année j’ai eu la chance d’avoir eu sept coups de cœur. Ce sont des livres qui m’ont marqués et bouleversé, mais qui surtout m’ont procuré beaucoup de plaisir.

 

 

RAY CELESTIN ● Carnaval

IAN MANOOK ● Yeruldelgger

MAXIME CHATTAM ● L’âme du mal

CLAIRE FAVAN ● Le tueur intime

R.J. ELLORY ● Seul le silence

FRANCK THILLIEZ ● Le syndrome E

JUSSI ADLER-OLSEN ● Miséricorde

 

Remerciements

Un énorme merci à tous les visiteurs, aux blogueurs et blogueuses avec lesquels je suis en contact régulier et avec qui j’ai des échanges très enrichissants et merci aux maisons d’éditions qui me font confiance en m’envoyant régulièrement leurs dernières nouveautés. Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2019 et peut-être qu’on aura l’occasion de se voir « en vrai » lors d’un salon ou d’un festival.

Les sept jours du Talion – Patrick Senécal

Merci aux Editions Fleuve pour cette lecture.

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler pour la première fois d’un roman de Patrick Senécal. Les sept jours du Talion paru initialement en 2002 est le cinquième roman de l’auteur québécois. Il vient d’être édité pour la première fois en France, par les Editions Fleuve en novembre 2018. C’est parti en direction du Québec à Drummondville au Canada. 9782265117211ORI.jpg

Bruno Hamel est un chirurgien respecté, sa conjointe Sylvie travaille à temps partiel dans un refuge pour femmes battues et leur petite fille de 7 ans, Jasmine, est l’amour de leur vie. Mais lors d’une belle journée d’automne Bruno voit son monde basculer, lorsque Jasmine disparaît. Malheureusement après quelques heures de recherche, les policiers découvrent le corps de Jasmine assassinée et violée. Pour Bruno, c’est l’œuvre d’un monstre qui doit payer pour ce qu’il a fait. Et lorsque la police arrête l’auteur, sa douleur fait place à la haine. A partir de là, il va échafauder un plan machiavélique. Estimant la sentence de la justice insuffisante pour lui faire payer son crime, un terrible projet germe dans l’esprit de Hamel. Il décide d’enlever l’accusé et de lui faire justice lui-même. Dès lors rien ne sera épargné « au monstre ». En parallèle, on suit Hervé Mercure, le sergent-détective chargé de l’enquête qui tente de retrouver Hamel avant qu’il ne commette l’irréparable. C’est un homme impliqué à 100 % dans son travail qui cherche à comprendre les actes des criminels.

Nous assistons à la métamorphose d’un homme ordinaire en bourreau. Comment Bruno Hamel, cet homme tranquille et pacifiste, qui a choisi de soigner et de sauver des vies en devenant chirurgien, a-t-il pu endosser ce rôle de père vengeur ? La vengeance libère-t-elle de la haine et de la douleur ?
La description de ses fameux sept jours et de la vision qu’a Bruno Hamel est assurément le point fort de ce roman. L’auteur nous plonge dans les pensées et les réactions les plus sombres de l’être humain. Il vient chercher en nous le meilleur et le pire. Il veut qu’on s’identifie à Hamel tout en le haïssant à la fois. Ce qui est vraiment différent et passionnant dans Les Sept Jours du talion, c’est que l’on passe la plus grande partie de l’histoire dans la tête de Bruno.

La composition des personnages est parfaite, on essaye systématiquement de se mettre à leurs places. J’ai beaucoup apprécié le style de Patrick Senécal qui parvient à nous livrer des faits très noirs dans une écriture quasi visuelle qui donne lieu à quelques scènes effroyables. Mais plus on avance dans le récit, plus la violence et la cruauté prennent le dessus. Je dois avouer qu’étant moi-même père de deux enfants, j’ai senti un malaise permanent en lisant ce livre.

Pour conclure vous l’aurez compris, mieux vaut être préparé avant d’attaquer ce roman percutant et d’une violence extrême où l’auteur n’épargne pas le lecteur. Attention, âmes sensibles s’abstenir, les sept jours du Talion ne sont pas à mettre dans toutes les mains.

Résumé de l’éditeur :

Il s’appelle Bruno Hamel, il a trente-huit ans et il est chirurgien. Avec sa petite famille ­ Sylvie, sa conjointe, et Jasmine, sa fille de sept ans ­, il habite Drummondville et, comme tous les gens heureux, il n’a pas vraiment d’histoire. Jusqu’à ce que Jasmine, par un bel après-midi d’automne, soit violée et assassinée.
Dès lors, l’univers de la famille Hamel bascule. Mais lorsque la police arrête le meurtrier, un terrible projet germe dans l’esprit enténébré de Bruno : il va s’emparer du monstre et lui faire payer ce qu’il a fait à sa petite fille.
Le jour de la comparution du meurtrier, Hamel, qui a minutieusement préparé son coup, kidnappe le monstre, puis transmet aux autorités policières un message laconique : celui qui a violé et tué sa petite fille va souffrir pendant sept jours, après quoi il sera exécuté. Ensuite seulement, lui-même se rendra.

Patrick Senécal – Les sept jours du Talion (Editions Alire 2002, 2010), (Editions Fleuve Noir 2018)

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L’homme aux cercles bleus – Fred Vargas

Chronique :

L’homme aux cercles bleus est le premier roman où apparaît le célèbre commissaire Adamsberg, personnage fétiche de Fred Vargas. Après avoir lu « l’homme à l’envers » c’est ma seconde rencontre avec cette auteure. J’ai pour habitude de toujours commencer par les premiers tomes d’une saga, même si forcément, il y a toujours le risque que ce ne soient pas les meilleurs de la série. Allez c’est parti en direction de notre belle capitale Parisienne.001971210

Suite à l’élucidation de cinq meurtres en quatre ans en Province, Jean-Baptiste Adamsberg est muté à Paris et monte en grade, d’abord inspecteur, aujourd’hui commissaire. Tout commence par une personne mystérieuse qui dessine des cercles bleus sur les trottoirs de Paris. Ces cercles bleus sont accompagnés d’objets et d’une phrase. Pour le commissaire ces agissements ne sont pas une simple lubie il est persuadé que L’homme aux cercles va passer à la vitesse supérieure. Jusque-là rien de très grave, mais l’affaire prend une nouvelle tournure lorsqu’un matin on retrouve une femme sans vie au milieu d’un cercle, Adamsberg se dit que, malheureusement, son pressentiment était le bon…

Les personnages sont une composante majeure des romans de Fred Vargas. Nous avons dans un premier temps le commissaire Adamsberg, un homme atypique et rêveur, qui se fie à son instinct. Le commissaire a une manière bien personnelle de résoudre les enquêtes. Il n’essaye pas de réfléchir de manière ordonnée sinon ses pensées s’échappent. Son adjoint Danglard, père célibataire de 5 enfants, amateur de vin blanc, a lui besoin de preuves pour croire quelque chose plutôt qu’une vague intuition.
Les autres personnages sont tout autant particuliers. Mathilde Forestier est une océanographe de renom qui s’intéresse aux hommes jusqu’à suivre des gens dans la rue et noter leurs activités dans des cahiers. Elle recueille chez elle Charles Reyer, un aveugle n’acceptant pas son handicap. Clémence Valmont, qui loge également chez Mathilde, est une femme assez âgée qui passe son temps à répondre à de petites annonces.

Je sais très bien qu’il faut poser le contexte et présenter chacun des personnages, mais pour moi c’était un peu trop long à venir…ça manque de rythme. J’ai rarement eu autant de mal à finir un livre de poche de 200 pages. J’aurai bien aimé un peu plus d’actions au milieu de l’enquête et je dois avouer que le dénouement m’a un peu déçu. L’écriture de Fred Vargas est atypique tout comme ses personnages. Certains parlent de poésie et cela est peut-être le cas, mais moi je dois avouer être complètement hermétique à cette sorte de poésie. Au final, je pense être passée un peu à côté de cette lecture.

Pour conclure, ce n’est de loin pas le meilleur policier que j’ai pu lire, mais je pense retenter une nouvelle fois l’expérience avec le commissaire Adamsberg.

Résumé de l’éditeur :

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? »
Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu: trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon…
Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent: un maniaque, un joueur.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvais augure. Il le sait, il le sent: bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.

Fred Vargas – L’homme aux cercles bleus (Editions Viviane Hamy 1996), (Editions J’ai Lu 1996, 2008, 2013), (Editions France Loisirs 2008)

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Entretien avec Jérôme Loubry – Les chiens de Détroit

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● Quel est votre premier souvenir avec le monde du polar ?

Je devais avoir 13 ans, un livre de Mary Higgins Clark dont j’ai oublié le titre.

 

● D’où vous est venue l’envie d’écrire des « Thrillers » ?

Tardivement. J’ai d’abord commencé par des nouvelles. Puis, suite à une mauvaise lecture d’un auteur dont je tairai le nom, je me suis lancé le défi (puisque je me permettais de critiquer cet auteur) d’écrire un thriller. J’ai alors adoré le fait de perdre le lecteur dans les méandres d’une énigme, le balader de questionnement en questionnement, lui faire « peur ». Écrire un thriller est une gymnastique intellectuelle : il faut perdre le lecteur tout en le dirigeant, morceler les révélations, structurer le récit pour que le suspens avance crescendo… C’est excitant et vivifiant d’être le « maître de jeu » comme dans ces jeux de rôles que je pratiquais enfant.

 

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre roman « Les chiens de Détroit » ?

Imaginez que vous receviez une carte postale. Sur cette carte postale, une image, un décor d’où ressortent des sensations et de ces sensations des personnages. C’est ainsi que naissent mes romans. Par une image. Furtive ou insistante, elle s’impose à moi et me livre la base du roman. Ensuite, je me laisse porter par l’écriture.

 

● Parlez-nous un peu de vos personnages, comment Stan, Sarah et le Géant de brume ont-ils pris forme ?

Tous les trois étaient présents sur cette carte postale. Leurs traits étaient grossiers, flous, mais ils furent les premières certitudes, tout comme cette maison présente sur la couverte du livre. À partir de là, je les ai « vécus », je me suis mis dans leur peau, avec mon propre vécu, avec ma sensibilité, avec mes envies. Puis, à un certain moment de l’écriture, je les ai laissés se promener seuls dans Détroit, ils se sont mis à écrire leur propre existence. C’est la magie de l’écriture, le sentiment de devenir un instant le témoin de l’histoire et non plus le créateur.

 

● Vous avez merveilleusement bien décrit la ville de Détroit, vous êtes-vous rendu sur place ? 

J’y suis passé il y a très longtemps, mais pas suffisamment pour me nourrir de ces souvenirs. Ce qui m’a le plus inspiré ce sont les images. Ces maisons vides, ces rues dévastées… Je me suis alors promené dans la nostalgie de ces endroits, j’ai touché le bitume meurtri, j’ai écouté le silence d’une maison abandonnée…

 

● Êtes-vous un grand lecteur et si oui qui vous a inspiré ?

Lire est une nécessité. Si je me couche sans avoir lu une seule ligne, je me sens sale, physiquement. C’est une sensation étrange, mais que je ne voudrais perdre à aucun prix. Mes inspirations sont diverses, très peu de polars, mais elles peuvent tout aussi bien provenir de la poésie, du théâtre ou du roman. L’étranger est le livre que j’emporterais sur une île déserte. Et, en deuxième choix, le siècle des intellectuels de Michel Winock. Bukowski et la bible également…

 

Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Merci à vous, tout d’abord. Merci aux lecteurs et aux lectrices de me permettre de vivre mon rêve, celui d’un gosse de neuf ans qui, pour Noël, avait demandé une machine à écrire pour taper une histoire comme dans les vrais livres. Merci à Caroline Lépée d’avoir répondu à un mail que j’avais envoyé simplement pour aller au bout du processus d’écriture (et sous la pression de mes amis).

Donc, sans hésitation, le mot final est celui-ci : MERCI !

Lien vers ma chronique Les chiens de Détroit

Je tiens à remercier Jérôme Loubry d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur très talentueux et très sympathique.

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Biographie de Jérôme Loubry

Jérôme Loubry est né en 1976 à Saint-Amand-Montrond. Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. En 2017, il publie son premier roman, « Les chiens de Détroit », en numérique aux Éditions de l’épée, en papier aux Éditions Calmann-Lévy. « Le douzième chapitre », son deuxième thriller, est paru en 2018. Il vit à Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Les chiens de Détroit – Jérôme Loubry

Chronique :

J’ai eu la chance de participer à un petit-déjeuner rencontre blogueurs/auteurs l’année dernière lors du Festival Sans Nom à Mulhouse. Il y avait Sire Cédric et un certain Jérôme Loubry que je ne connaissais pas encore. Un peu plus d’un an après j’ai enfin lu son premier roman Les chiens de Détroit. Nous voici parti en direction de « Motor City »,  la ville du moteur, dans l’Etat du Michigan aux Etats-Unis.

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En 1998 Stan Mitchell est muté de Washington à Détroit pour une sanction disciplinaire. Côté famille, il divorce et ne peut voir son fils que pendant les vacances. Dans une ville sinistré et en pleine perdition, il va être confronté à une sordide affaire de meurtres d’enfants. Malheureusement pour lui, il ne va jamais mettre la main sur ce tueur, mais sera marqué à tout jamais par cette affaire. Mais quelques années plus tard, en 2013 le « Géant de brume » semble être de retour. Les disparitions d’enfants reprennent… Stan est de nouveau chargé de l’enquête et sera assisté de Sarah Berkhamp. Leur collaboration va permettre d’identifier et d’arrêter rapidement un suspect, qui serait à priori le fameux « Géant de brume ». L’arrestation de cet homme va marquer le début d’une course contre la montre.
Ce dernier, une fois conduit au poste, demande à parler seul à seul avec Sarah. Pourquoi cette demande ? Sarah n’était pas sur l’affaire quinze ans plutôt… Qui est cet homme que l’on surnomme le « Géant de brume » ? Et pourquoi recommence-t-il à sévir quinze ans après ? Ce que Stan et Sarah vont découvrir est beaucoup plus complexe qu’ils ne le pensaient, les deux policiers seront bouleversée à jamais.

J’ai bien aimé Stan l’écorché vif que la vie n’a pas épargné. J’ai apprécié le suivre dans ses errances. Quant à Sarah, on ne comprend pas toujours ses réactions, elle est assez mystérieuse et en proie à de nombreuses angoisses. La construction du livre est très bonne, l’alternance des points de vue et des époques est à mon sens très réussi. L’auteur m’a bluffé sur la description de la ville de Détroit, j’ai vraiment bien réussi à me projeter dans la déchéance de cette ville fantôme que la population a quitté par choix ou par expulsion.

Pour conclure, j’ai adoré le duo d’enquêteurs et j’étais en immersion totale dans cette ville sombre et sinistre. Pour un premier roman Jérôme Loubry a fait fort.

Résumé de l’éditeur :

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

Jérôme Loubry – Les chiens de Détroit (Editions Calmann-Lévy 2017), (Le Livre de Poche 2018)

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