Entretien avec Caroline De Benedetti et Emeric Cloche du magazine L’Indic

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  • Caroline et Emeric pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Caroline : je suis une nantaise qui a exercé plusieurs métiers sans saveur avant d’avoir la chance de rencontrer la bonne personne et de changer de vie.

Emeric : Passionné par divers sujets, je me suis rendu compte que la lecture les réunissait tous ! Depuis j’ai toujours un livre à porté de main.

 

  • Quel est votre premier souvenir à chacun avec le monde du livre ?

Caroline : je ne sais pas si c’est vraiment le premier, mais celui que je préfère est lié à ma découverte de la bibliothèque rose, et de la verte, des Bob Morane et autres romans du Masque. Lectures puisées dans le grenier de l’immeuble de mes grands-parents à Lorient. Une énorme madeleine de Proust, jusque dans la frayeur que j’avais à monter au dernier étage et à me retrouver dans ces couloirs sombres et poussiéreux. Mais au bout : le Graal !

Emeric : Comme Caroline un livre dans la bibliothèque familiale, je voulais faire comme les grands. Alors j’en ai choisi un et je l’ai lu.

Pas sûr d’avoir tout compris, mais je me souviens du titre « Fantasia chez les ploucs » de Charles Williams, je l’avais choisi parce que le mot « Plouc » me plaisait. Je me souviens très bien à l’époque d’avoir hésité avec « Ubik » de Philip K. Dick… que j’aurais encore moins compris je pense.

 

  • Vous êtes les deux fondateurs de l’association Fondu Au Noir. Pouvez-vous nous raconter comment est né ce projet ?

Caroline : nous voulions créer quelque chose ensemble, à côté de nos autres activités. Avec Emeric nous nous sommes rencontrés autour du polar, via le site internet et le forum PolArtNoir, à qui le polar français doit beaucoup (Cyril Herry, Eric Maneval, Franck Thilliez et d’autres y ont débuté). Ce qui était à l’origine une passion s’est transformé, avec la naissance de l’association et celle du magazine l’Indic, en activité professionnelle.

Emeric : Comme le dit Caroline, la passion. Et l’envie de faire des rencontres… voilà ce qui nous a poussés à créer cette association.

 

  • Comment vous est venue l’idée de créer le magazine L’Indic ?

Emeric : Au départ nous voulions projeter des films policiers et puis nous nous sommes rendu compte que cela demandait pas mal d’argent et beaucoup d’organisation. Nous avons donc décidé de publier un magazine… ce qui en fait demande pas mal d’argent et une grosse organisation !

 

  • Ce mois-ci L’Indic en est déjà à son quarantième numéro, j’imagine que vous en êtes très fiers, vous vous attendiez à un tel succès ?

Caroline : Oui nous sommes fiers, car nos moyens et notre réseau n’ont rien à voir avec ceux des grands magazines. Nous y sommes allés pas à pas, en cherchant notre style et en essayant de toujours nous remettre en question.

Le succès reste à relativiser, notre diffusion n’est pas à grande échelle mais nous savons l’attention que nous portent les professionnels, les avis positifs des bibliothécaires et des libraires nous font du bien. Les subventions que nous avons fini par demander au bout de 10 ans, et qui nous ont été accordées, valident aussi le sérieux que nous mettons dans la revue.

 

  • Combien de personnes travaillent pour sortir un numéro chaque trimestre ?

Emeric : C’est variable selon les numéros, nous avons des personnes qui travaillent avec nous depuis le début, d’autres à qui nous faisons appel ponctuellement parce qu’elles sont spécialistes d’un sujet. Mais nous travaillons avec une petite dizaine de personnes à chaque numéro.

 

  • Quel est le rôle principal de l’association Fondu Au Noir à ce jour ?

Caroline : au-delà du magazine, nous travaillons principalement avec les bibliothèques. Nous répondons à leur demande de formation en polar : le genre a beaucoup évolué et une mise à jour est toujours utile.

Nous concevons pour eux des expositions, qui servent également aux festivals, autre terrain très dynamique en France. À travers ce que nous faisons, nous essayons de montrer à quel point le genre est divers. Du roman noir au thriller, du roman d’enquête au polar mélangé au fantastique, le domaine est vaste. Il est possible de se divertir, de découvrir, de rire, à travers le polar. La première chose à faire comprendre à certains lecteurs : il n’y a pas forcément de policier dans un roman policier.

Et puis pour finir, nous travaillons avec les auteurs, nous cherchons les nouvelles voix, nous leur proposons des projets (polar & poésie par exemple), nous partons à l’étranger voir ce qui s’y passe (comme à Berlin et Hambourg sur les pas du Krimi)… Nous avons toujours une idée sous le coude !

Emeric : Les littératures policières sont un terrain de jeu immense, une vie ne suffit pas à en faire le tour ! Aider les lectrices et les lecteurs à trouver ce qui les intéresse au milieu du foisonnement littéraire, leur donner des pistes.
Aider les auteurs, les éditeurs aussi… Créer des ponts, montrer la richesse de ces littératures. Voilà quelques objectifs que nous nous donnons.

 

  • Caroline tu es également programmatrice du festival Mauves en noir peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Caroline : Mauves en Noir devait fêter sa 19e édition cette année, c’est un excellent festival installé dans la région nantaise. Je l’ai découvert en tant que lectrice avant de rejoindre l’équipe comme bénévole. Je me suis occupée de la programmation quand Dominique Barranguet, qui s’en occupait jusque-là, a décidé de profiter de sa retraite pour faire d’autres choses.

L’avantage c’est qu’avec le travail au sein de Fondu Au Noir, j’avais les contacts des éditeurs et des auteurs, et une vision des parutions. Ensuite, chacun aborde la programmation à sa façon. Ça se fait en discutant avec les membres du bureau du festival. J’essaie juste d’attirer l’attention sur une évolution du milieu littéraire : les auteurs sont précaires. Rien ne sert de concourir au festival avec la plus grande liste d’auteurs invités. Et puis, soyons vigilants à rémunérer un maximum de leurs prestations.

 

  • Emeric parle nous un peu des Docteurs Polar, quel est ce concept ?

Emeric : Donner à lire aux gens. Les Docteurs Polar, créés il y maintenant plus de 10 ans, parcourent toute la France. Vous pouvez les croiser sur des salons et festivals, dans des librairies ou des bibliothèques. Facilement reconnaissables grâce à leur blouse blanche ils font des prescriptions littéraires spécialisées. Le principe est assez simple, les patients nous disent ce qu’ils aiment lire, les sujets qui les intéressent et nous les renvoyons vers des livres ou des films. Nous délivrons une ordonnance de lecture. Le principe fonctionne très bien. Il y a des salons où les gens viennent nous voir d’une année sur l’autre pour nous parler des livres que nous avons prescrits l’année précédente. C’est aussi un moyen pour eux d’aborder les auteurs. Les visiteurs vont les voir avec leur ordonnance en disant à l’auteur « les docteurs nous ont conseillé de venir nous voir. » Ça brise la glace… et la discussion s’engage ensuite plus facilement.

 

  • Vous êtes avant tout deux amoureux de polar et de littérature noire pouvez-vous me donner chacun vos auteurs favoris ?

Caroline : c’est le genre de question dont la réponse peut varier chaque semaine… Avec ce confinement j’ai le temps de faire des choix, de ne plus avoir le nez dans des lectures imposées par le travail. J’ai repris avec plaisir la lecture de Laura Kasischke, de Tanguy Viel (excellent exemple de polar édité en « blanche »), et d’Hannelore Cayre (c’est le bon moment pour lire « Richesse oblige »).

Impossible de ne pas citer Pascal Dessaint, l’ultime scène de son dernier roman vous met par terre une boule au ventre. Et parce qu’il faut penser aux disparus et que celui-ci est inoubliable : Hafed Benotman. Forcément il y a tout un tas d’autrices et d’auteurs que je ne vous cite pas ici, mais il suffit d’aller faire un tour sur notre site pour trouver leurs noms. Le polar français a la chance d’être porté par de nombreux grands noms.

Emeric : Comme pour Caroline, cette question est difficile. Ça change suivant les moments, ce que je vis, ce dont j’ai envie. Mais il y a des autrices et des auteurs vers lesquels je retourne régulièrement c’est le cas avec les livres d’Agatha Christie et de Georges Simenon par exemple. D’autres qui m’ont marqué à vie comme Jim Thompson ou David Goodis.

 

  • Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

Caroline : celle-ci est chronophage alors… manger, et rester éveillée à l’état du monde.

Emeric : Écouter de la musique, les jeux de rôle sur table… et en ces temps de confinement je me rends compte que voir et parler avec les gens est une passion pour moi.

 

  • Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Caroline : merci à toi pour cet échange, les rencontres et les projets que nous avons vécus grâce aux livres sont assez fabuleux. On constate d’ailleurs que dans toute période de crise, nombreux sont les gens à se tourner vers la lecture, de la BD aux essais en passant par les romans. Plus tard, nous nous retrouverons dehors, le plus possible, parce que c’est là qu’il faudra être pour que tout ce qui va mal cesse enfin.

Emeric : En tant que Docteur Polar je serais tenté de vous dire : « Portez-vous bien ! Et lisez. Au moins pendant qu’on lit – même si cela peut donner quelques idées – on ne fait pas de bêtises. »

 

Je tiens à remercier Caroline De Benedetti et Emeric Cloche d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir donné envie de découvrir un peu plus ce magazine si ce n’est déjà fait. A très vite pour un nouvel entretien.

 

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James Bond : Le guide officiel de 007 – Lee Pfeiffer & Dave Worrall

Chronique :

Aujourd’hui après une longue pause sans chronique je reviens vers vous avec une lecture plaisir. C’est difficile pour moi actuellement de trouver du temps pour lire et donc d’alimenter le blog. Ma femme travaille et nous avons deux garçons (4 ans et 7 ans) qui n’ont pas école comme tout le monde le sait. Donc c’est le rôle de papa qui prédomine c’est bien logique. Malgré tout j’essaye de me faire plaisir en soirée et de lire quelques livres sur mon autre grande passion : JAMES BOND 007. couv57824649

Je viens de terminer Le Guide Officiel de 007 de Lee Pfeiffer & Dave Worrall ce livre est tout simplement une pure merveille pour tous les amoureux de Bond. Tout commence par une belle introduction et un bel hommage rendu à Albert R. Broccoli surnommé affectueusement « Cubby », le producteur légendaire de James Bond au cinéma. Ensuite les auteurs ont détaillé chaque film en parlant de la mission, des Bond Girls, des ennemis, des alliés, des véhicules, des gadgets, des armes, de la musique, du marketing et du box-office. Bien entendu tous les films sont illustrés de très belles photos dont certaines sont inédites. A la fin du livre les auteurs nous proposent une petite biographie sur le père littéraire de l’agent 007 Ian Fleming. Ils présentent également les principaux acteurs qui ont fait le succès de la saga Bond depuis quarante ans et enfin ils s’intéressent à l’influence de James Bond dans la culture populaire et notre société actuelle. Bien entendu ce livre qui date de 2005 ne relate pas les films avec Daniel Craig.

Ce que j’ai bien aimé dans ce guide c’est que les auteurs n’hésitent pas à donner leur avis favorable ou non à certains films. Ils ne disent pas qu’ils ont tout aimés et approuvés et ça c’est vraiment top. Le Guide Officiel de 007 qui date de 2005 retrace avec merveille tous les films de la saga James Bond. De 1962 à 2002, de Sean Connery à Pierce Brosnan, les auteurs reprennent film par film, chronologiquement les 40 ans d’existence du personnage. Pour tous les « Bondophiles » ou « Bondologues » c’est un livre à avoir absolument dans sa bibliothèque.

« Même ceux d’entre nous qui ont littéralement grandi avec la série n’auraient pu prédire l’impact durable de James Bond sur la culture populaire. Pourtant l’agent 007 a abordé le nouveau millénaire plus juvénile que jamais. L’intérêt même qu’il suscite dans le monde entier est encore plus impressionnant que sa longévité. »

 

Résumé de l’éditeur :

James Bond, le guide officiel offre pour la première fois aux lecteurs français une vision exhaustive et éclairée de ce qui fait du plus célèbre espion de tous les temps un véritable mythe. Film par film, des origines à nos jours, tous les secrets de James Bond enfin révélés dans leurs moindres détails, qu’il s’agisse de sa mission (toujours délicate), de ses ennemis (toujours plus nombreux), de ses alliés (toujours Moneypenny), de ses véhicules (toujours extravagants), de ses gadgets (toujours sophistiqués), de ses armes (toujours novatrices), et bien sûr de ses conquêtes féminines (toujours sublimes), sans oublier les anecdotes inédites de tournage et les reproductions d’affiches de cinéma et de produits collector… Avec 250 illustrations, pour certaines inédites, tirées des archives très fermées de Eon Productions, Lee Pfeiffer et Dave Worrall rendent ici un hommage vibrant au plus brillant, au plus sexy et au plus populaire des héros modernes.

Lee Pfeiffer & Dave Worrall – Le Guide Officiel de 007 (Editions Flammarion 2005)

Entretien avec Sophie Loubière – Cinq cartes brûlées

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  • Peux-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Journaliste, romancière et comédienne, je me suis longtemps partagée entre le micro et la plume. Je suis née à Nancy, en Lorraine à la fin des années soixante. J’y ai grandi et fait mes études, me passionnant pour les arts en général, le dessin, le théâtre, le cinéma et la littérature en particulier. J’ai toujours puisé du réconfort dans les activités qui demandent à la fois de la concentration et de la créativité. Le sport – gymnastique de compétition – et les études – contrariées par une dyslexie – me demandaient beaucoup d’effort. Cette exigence, cette rigueur mais aussi cette conscience de mes limites, ne m’ont jamais quittée. La puissance de mon imaginaire était perceptible dans tout ce que je faisais. Mes premiers écrits furent de la poésie, encouragés par mes professeurs de français. A la faveur d’un concours à France Inter, j’ai embrassé une carrière de productrice et journaliste radio. Pendant 17 ans, j’ai eu le bonheur de produire et de présenter différentes émissions à France Inter, France Culture et France Info. Mon premier roman La petite fille aux oubliettes est paru en 1999 dans la collection Le Poulpe, sous la direction de Jean-Bernard Pouy qui avait décelé en moi une prédisposition pour le noir. Suivront neuf ouvrages dont L’enfant aux cailloux (Fleuve Noir, 2011) qui m’a ouvert une carrière internationale.

 

  • D’où t’es venue l’envie d’écrire des « Polars » ?

De mon amour pour la littérature policière (Dashiell Hammett en particulier, et ses ouvrages hard boiled) et des films noirs américains des années 40. Les sujets de mes livres s’inspirent souvent de faits divers ou d’évènements qui me touchent intimement et sur lesquels je crois nécessaire de réfléchir, d’apporter un éclairage. La sociologie du crime est quelque chose de passionnant, même si l’intrigue et le mystère restent le moteur principal de mes histoires. Lorsque j’étais enfant, j’enregistrais des mini-fictions sonores sur un magnétophone à cassettes sans savoir qu’un jour je mettrais par écrit ces histoires qui me trottaient dans la tête. J’ai rédigé mon premier manuscrit lorsque j’avais 22 ou 23 ans, une histoire assez sombre, avec déjà un sujet touchant aux secrets de famille et à la psychanalyse… Depuis, je n’ai jamais cessé d’écrire.

 

  • Comment t’es venue l’idée de l’intrigue pour ton roman « Cinq cartes brûlées » ?

D’un fait divers qui remonte à 2012. Un huis clos troublant dans une chambre d’hôtel à Nancy : le profil particulier de l’agresseur et celui de la victime, la façon dont la tentative de meurtre est commise, le nombre de coups de couteau portés (une cinquantaine !), l’absence de mobile, les motivations ou les raisons évoquées au procès par la personne mise en cause, cette idée qu’une sorte de fatalité inéluctable a depuis le début désigné la victime… tout cela m’intriguait. Je savais que l’histoire que j’allais raconter partirait et finirait dans cette chambre. Mon travail serait donc de raconter la partie immergée de l’iceberg, celle que la presse et le public ne découvriraient qu’au procès. Une vérité que je me suis appliquée à transcender, modifier, créant des personnages dont les profils adhéreraient à ceux de la victime et de son bourreau. Ce qui importe n’est pas de mettre en scène la réalité ; les protagonistes de cette affaire ont assez souffert de l’exposition médiatique engendrée par celle-ci pour que ce livre ne vienne encore leur rappeler un calvaire. Ce qui compte à mes yeux, c’est la compréhension d’un mécanisme qui mène à pareille tragédie. Ma démarche rejoint celle d’un criminologue.

 

  • Parle-nous un peu de tes personnages, comment Laurence, Thierry et les autres ont-ils pris forme ?

Laurence est une enfant (presque) comme les autres, un peu boulotte, trop imaginative et sensible, une fillette que sa mère voudrait à tout prix faire entrer au chausse-pied dans un tutu, une sœurette que son frère aîné ridiculise, et une petite fille très amoureuse de son papa qui le lui rend bien, jusqu’à ce que dans cette famille quelque chose dérape, que quelqu’un aille trop loin. C’est dans cette faille que l’eau s’engouffre, et que Laurence devient une ado renfermée, qui enfle, enfle, jusqu’à ce que le sport de compétition vienne à son secours et lui permette de tirer parti de cette armure de chair et de muscle. Jusqu’à ce que son succès et ses médailles retombent en pluie brûlante autour d’elle, car rien, surtout pas le bonheur, n’est jamais acquis.

L’univers de Laurence Graissac est glaçant, dérangeant, parce que c’est une jeune femme au parcours jalonné d’addictions (le jeu, la nourriture, le sexe) et que tout est vu de son point de vue. J’évoque aussi la problématique de l’obésité, de la transformation du corps de la femme au cours d’une vie et de son instrumentalisation. « Pour les autres, l’important, c’est ce qu’ils font de nous, pas ce que nous sommes. Ce que tu fais de moi n’est pas ce que je suis » dit Laurence dans le roman. C’est une phrase clé du livre. Elle s’applique aussi au lecteur tenté de croire que l’auteur s’incarne dans ses personnages.

 

  • Est-ce que le fait d’être journaliste t’aide au quotidien pour écrire des romans ?

Probablement. Bien que je n’exerce plus ce métier à ce jour, j’en ai conservé la rigueur et la curiosité. De mon point de vue, un romancier doit toujours s’assurer de la fiabilité de ses sources et n’aborder un sujet que s’il le maîtrise. Cela demande beaucoup de temps de préparation, de recherches, un max de documentation. Il faut cependant trouver le bon dosage pour ne faire d’un roman un ouvrage scientifique ou technique, ne pas noyer les lecteurs sous des détails inutiles ni employer un jargon de spécialiste, ce que je reproche parfois à certains polars écrits par des ex-officiers de police ou ex-membres du barreau.

 

  • J’imagine que pour créer un personnage aussi puissant que Laurence tu dois bien connaître le sujet, y a-t-il une part de toi dans ce livre ?

… En dehors de A la mesure de nos silences (Fleuve Éditions, 2015) lequel évoque un fait historique totalement méconnu de la seconde guerre mondiale, tous les personnages de mes romans sont imaginaires. Certains sont inspirés par des personnes réelles – des amis, des gens dans mon entourage – ou bien fabriqués comme Laurence Graissac à partir de plusieurs éléments de vie dont mes propres souvenirs d’enfance (mon frère ainé ne supportait pas de partager sa chambre avec moi et imaginait mille mauvais tours pour me le faire payer, faisant de moi son cobaye) mais ça s’arrête là. Comme de nombreux écrivains, je puise dans cette matière vivante qu’est mon vécu, et qui apporte l’émotion, le réalisme, la force à une histoire, pour raconter une fiction. Le point commun de tous mes personnages, c’est la façon dont les lieux qu’ils traversent où qu’ils habitent les imprègne. Il y a cet ancrage dans un paysage particulier : la plage de Saint Jean de Monts dans Dernier parking avant la plage (Folio Policier), la baie de San Francisco pour Dans l’œil noir du corbeau (Pocket), la route 66 dans Black Coffee et White Coffee (Pocket), le pavillon de Saint-Flour où grandit Laurence pour Cinq cartes brûlées… Le décor influe sur les personnages, leurs états d’âmes, mais aussi sur le déroulement de l’histoire. En ce sens, on peut dire que mes romans sont situationnistes.

 

  • J’ai vu que tu as toi-même créé un blog peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Mon premier blog remonte à Black coffee. Cette démarche m’est apparue comme essentielle après avoir parcouru la route 66 en 2011 pour la préparation de ce thriller. Entre le journal de bord d’un voyage de six semaines aux USA plein de rebondissements et les 1500 photos prises sur la mother road, la documentation était abondante, et il était intéressant de la partager. A ce jour, le blog comptabilise plus de 45 000 vues (http://blackcoffee66.blogspot.com/) J’accumule tellement de documentations, de photos et de notes, que je trouve dommage de laisser tout cela enfermé dans une boîte d’archive. Mon côté journaliste, peut-être ? Le blog de Cinq cartes brûlées alterne des passages qui ressemblent à un journal intime, des secrets de fabrication, une playlist des musiques adaptées au climat du roman, des précisions sur le fait divers initial, un hommage à mes bonnes fées (mes lectrices bêta) et les personnages réels ayant inspiré ceux du livre (comme le médecin Bernard Bashert qui doit beaucoup au comédien de doublage Bernard Gabay, voix officielle de Robert Downey Jr, entre autres). Je continue de temps en temps à l’alimenter. Il ne faut pas hésiter à s’abonner ;-). https://5cartesbrulees.blogspot.com/

 

  • Quelle est selon toi la place du polar dans la littérature française d’aujourd’hui ?

J’ai remarqué combien le polar féministe (mettant en scène un personnage féminin fort, à l’opposé des clichés machistes) a le vent en poupe en ce moment. Des livres de plus en plus souvent écrits par des hommes, d’ailleurs. A l’inverse, les femmes écrivent de plus en plus de thrillers trashs, avec surenchère de scènes insoutenables. Il y a une juste dose à trouver en littérature, surtout dans le polar. J’ai tendance à me méfier de tout ce qui touche à un phénomène de mode, et donc, qui relève de l’artifice. Ce qui compte, c’est d’écrire un roman sous l’impulsion d’une sorte de nécessité, en lien avec les préoccupations actuelles, les grands et petits sujets de société. Un livre qui ne cherche pas à séduire, derrière lequel il n’y a pas de calcul marketing. Un livre pour durer. Je pense à des auteures comme Marie Vindy, Danielle Thiery ou Patrick Bard, par exemple, ou encore Jean-Hugues Oppel et Jean-Christophe Tixier en jeunesse : ils font un travail remarquable. Leurs ouvrages témoignent de situations importantes et graves dans le monde et dans notre pays, ils ont des causes à défendre, comme celle des jeunes et de la femme, face à une société toujours plus violente et aliénante, mais les choses sont dites avec justesse, mais sans surenchère douteuse.

 

  • Es-tu une grande lectrice et si oui qui t’a inspirée ?

J’ai beaucoup depuis ma plus tendre enfance, et aussi lorsque je présentais une émission littéraire sur France Inter de 2000 à 2010, intitulée Dernier parking avant la plage ou Parking de de nuit. Je lisais des extraits de roman Les auteurs qui m’ont inspirée sont nombreux. En voici quelques-uns (et quelques-unes) : Thomas H. Cook, avec lequel j’ai la grande chance d’être devenu amie, David Vann, Dorothy Parker, Joyce Carol Oates, Stendhal, Maupassant, Louis Ferdinand Céline, P.D. James, Sam Shepard, Richard Brautigan, Colette, Victor Hugo, Dashiell Hammett, la comtesse de Ségur (quelle grande perverse !) et le poète lorrain Richard Rognet.

 

  • Quel sera ton mot de fin à cet entretien ?

En cette période dramatique et historique que nous vivons au niveau mondial, ne lâchons pas les livres ! Plus que jamais, les auteurs ont besoin d’aide : leurs revenus sont gravement menacés. Un romancier touche en moyenne 8% sur le prix de vente d’un livre en grand format et 6% sur le prix d’un livre de poche ; le régime d’auteur ne permet pas de toucher d’indemnité de chômage. Ce métier qui fait tant rêver est un des plus précaires. La fermeture des librairies et des maisons de la presse met les auteurs en grand péril – et plus généralement, tout l’économie du livre. Alors, commandez, partagez, conseillez, et lisez des livres… Merci d’avance !

 

Lien vers ma chronique Cinq cartes brûlées

Je tiens à remercier Sophie Loubière d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière de grand talent. A très vite pour un nouvel entretien.

 

Sophie Loubière

Entretien avec Sandrine Destombes – Le prieuré de Crest

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  • Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Bonjour chers potentiels futurs lecteurs qui ne me connaissent pas encore ! Je m’appelle donc Sandrine Destombes, j’ai écrit à ce jour 7 romans policiers / thrillers dont Les Jumeaux de Piolenc – prix VSD RTL du meilleur thriller français.
Quand notre pays n’est pas en état d’urgence sanitaire, je travaille dans le domaine de l’événementiel. L’écriture est un plaisir que je m’offre durant mon temps libre.

 

  • Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?   

Je n’ai pas un souvenir précis. Je me souviens surtout d’une période. Celle où je découvrais le Club des Cinq de la bibliothèque rose. J’attendais avec impatience de pouvoir retrouver « mes copains », seule dans ma chambre, et vivre avec eux tout un tas d’aventures.

 

  • D’où vous est venue l’envie d’écrire des « Thrillers » ?

C’est un genre qui m’a toujours attirée, en tant que lectrice. Je suis plus matheuse que littéraire or le thriller répond à des codes, des constructions, des imbrications, qui correspondent plus à ma construction d’esprit.

 

  • Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre roman « Le prieuré de Crest » ?

Je m’inspire, pour la plupart du temps, des sujets de société. Le mouvement #metoo prenait le devant de la scène depuis plusieurs mois. Il est devenu la base de ma réflexion. Jusqu’où cette prise de parole pouvait nous mener.

 

  • Comment vos personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement le sous-lieutenant Perceval Benoit ?

Ils ne sont jamais décidés à l’avance. Ils s’imposent à moi, en cours d’écriture. Le sous-lieutenant Benoit était un personnage différent de ce que j’avais pu écrire jusqu’ici. Il était clair, dès le départ, qu’il serait mon axe directeur pourtant, je l’avais décidé subalterne. Ce n’était pas à lui de prendre les décisions, de mener l’enquête. Je m’imposais de suivre une voie sans savoir ce que ses supérieurs lui feraient faire. Oui, je sais, dit comme ça, on pourrait croire que ce n’est pas moi qui décide de la trame et quelque part, ce n’est pas faux. Je plante un décor, un personnage, voire deux, puis je me laisse porter par ce qu’ils me susurrent à l’oreille…

 

  • Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

Rien n’est fixé. Ni le dénouement, ni même le deuxième chapitre. Une fois de plus, ce que j’aime, c’est me laisser porter. Je laisse mon inconscient créer les pièces d’un puzzle. Arrive le moment plus délicat où tout ce qui a été écrit doit avoir une cohérence, une raison d’être, pour qu’apparaisse l’image finale.

 

  • Etes-vous une grande lectrice ?

Pas autant que la plupart de mes lecteurs ! Je ne lis que le soir mais ce moment est sacré. Je n’aime pas l’idée de m’endormir sans avoir eu l’occasion de m’échapper, ne serait-ce que quelques minutes, de la réalité.

 

  • Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

Je ne dirais pas que la lecture ou l’écriture sont des passions. Ces activités m’offrent des moments magnifiques, des bouffées d’air frais, mais si j’étais dans l’obligation de m’en passer, je resterais debout. Je n’aime pas passionnément les choses. Je garde ce sentiment pour les personnes qui me sont chères.

 

  • Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Il sera influencé par la période que nous traversons. À ceux qui le peuvent, restez chez vous !
À ceux qui n’ont d’autre choix de faire fonctionner notre monde, que ce soit pour nous soigner ou nous permettre de vivre plus ou moins normalement, un grand MERCI !! Enfin, à tous, prenez soin vous…

 

Lien vers ma chronique Le prieuré de Crest

Je tiens à remercier Sandrine Destombes d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette auteure. A très vite pour un nouvel entretien.

 

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Entretien avec Stéphanie du blog Les cibles d’une lectrice « à visée »

Aujourd’hui ma série d’entretien se poursuit avec Stéphanie du blog Les cibles d’une lectrice « à visée ».

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  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Stéphanie, 44 ans, j’ai 2 enfants, un conjoint et un lapin à plein temps. Je travaille dans le plus grand hôpital de Paris. Je ne suis pas au contact des patients, mais ils restent la raison de ma mission. Et j’y suis très attachée.

 

  • Quel est ton premier souvenir avec le monde du livre ?

Si je remonte loin, cela serait le Salon du Livre à paris. A l’époque, ce n’était comme aujourd’hui, il était au Grand palais (depuis 1994, il a été transféré au parc des Expo à Versailles et est payant). Pour une gamine pouvoir rencontrer des auteurs c’était déjà magique. Le site était magnifique, il y avait des jeux et animations pour gagner des livres. La première fois qui j’y suis allée, c’était une sortie scolaire. J’y suis allée après tous les ans. Aujourd’hui je n’y vais plus, car ce salon a perdu son âme depuis bien longtemps.

 

  • Quelle est la date de création et l’origine du nom de ton blog ?

Le blog a été créé le 1er novembre 2014 sur la plateforme Blogger. J’ai migré sur WordPress en janvier 2017. J’avais une idée de présentation avec mes petits bonhommes et des cibles … J’ai cherché et trouvé mon jeu de mots : Les cibles d’une lectrice à visée. Avec le recul, je trouve le nom trop long.

 

  • Qu’est ce qui t’a motivé à créer ton blog Les cibles d’une lectrice « à visée » ?

Je suis lectrice. Oui comme beaucoup de monde en effet. J’étais à un moment de ma vie où j’ai eu besoin de me prouver quelque chose. C’est d’un côté excitant et angoissant, car il faut bien avouer que l’on fait un blog pour être lu. Cela serait mentir de dire l’inverse. Donc quand on se lance, on se demande si l’on peut apporter un plus à la blogosphère. Humblement, je n’en suis pas certaine, mais il faut tenter pour le savoir. Alors après un pas en avant deux pas en arrière, un jour on se jette à l‘eau. Cela fait 5 ans et je suis toujours là.

 

  • Combien d’heures consacres-tu à ton blog et tes divers réseaux sociaux chaque semaine ?

Je vais faire une moyenne, car il y a des jours où je n’y vais pas. Eh oui, je suis quelqu’un qui n’aime pas être cloisonné donc même une passion doit me laisser libre. Je veux que cela reste une envie et un plaisir, surtout pas une obligation. Je peux d’ailleurs, par incidence, mettre 2 jours à répondre à un message. Il ne faut pas m’en vouloir. Par contre, à contrario, je peux passer plusieurs heures sur une journée, car j’ai envie de parler de tel ou tel sujet avec mes lecteurs. Donc si je fais un rapide calcul, on va dire 6 à 8 heures par semaine… Merde une journée de travail non payé !

 

  • As-tu déjà eu l’envie d’écrire toi-même un roman ?

Ouh là je m’en sens bien incapable. J’ai une grande estime pour ces passeurs de mots, je ne ferai pas cet affront. Même si je dois avouer que lorsque j’étais ado j’avais commencé à écrire un petit truc. Aujourd’hui, je sais que l’exercice n’est pas si simple.

 

  • Quels sont tes auteurs préférés ?

J’en ai un certain nombre, mais si je dois en citer quelques-uns je dirai en premier Zola, celui qui m’a fait aimer la lecture, la curiosité en l’être humain, le côté sociologique et l’empathie. Mais j’ai des gouts très éclectiques, donc je suis également très attachée à Michael Mention, Nicolas Lebel, Amélie Antoine, Oliver Norek, René Manzor, Robert Goddard… Et tant d’autres.

 

  • Quelles sont tes autres passions ?

Les voyages… Que ce soit avec les livres ou dans la vie, j’aime l’évasion !

 

  • Quel sera ton mot de la fin ?

Merci Steve de m’avoir laissé la parole sur ton blog et à bientôt.

 

Merci à Stéphanie de s’être prêté au jeu et d’avoir répondu à mes questions. A très vite pour un nouvel entretien.

Voici l’adresse de son blog : https://lesciblesdunelectriceavisee.wordpress.com/

 

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