Entretien avec Jérôme Loubry – Les refuges

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● Comment t’es venue cette formidable intrigue pour ton roman « Les refuges » ?

L’idée m’est venue au cours de l’écriture. Au départ je souhaitais écrire un polar qui se déroulait sur une île. Mais au fur et à mesure de l’écriture, j’ai senti que ce n’était pas assez, que je pouvais faire plus. Donc, au fur et à mesure l’idée de refuge a pris plus d’épaisseur.

 

● Tes personnages sont tellement réussies et si mystérieux, on sent que tu as pris un soin particulier à les travailler, peux-tu nous en dire un peu plus sur eux, comment ont-ils pris forme ? 

Je les travaille à l’instinct, pendant l’écriture. J’imagine leurs failles, leurs douleurs étouffées et naturellement ils prennent vie dans mon esprit, se posent sur mon épaule pendant que j’essaie de construire une histoire à leur hauteur. Pendant 6 mois (le temps de l’écriture) je les côtoie, ils ne me quittent qu’au point final et encore, parfois ils me hantent un peu plus longtemps.

 

● Tu décris parfaitement les lieux, comment as-tu réussi à créer une ambiance si sombre et oppressante (une ambiance à la Shutter Island) ?

Simplement en tenant la main de mes personnages. Quand Sandrine est sur le bateau, je suis avec elle, je vois cette île inquiétante s’approcher de nous. Quand Damien se dirige vers la ferme, je suis dans la voiture… L’imagination est bien sûr importante (et là je n’ai pas de recette magique pour l’obtenir) mais ce sont des heures à imaginer les scènes avant de les écrire et de trouver le bon ton.

 

● Que de chemin parcouru depuis 2017 et la sortie de ton premier roman, penses-tu avoir franchi un nouveau cap avec les « Les refuges » ?

Oui, c’est certain. Le livre a reçu des prix importants (Cognac et Bruxelles), il va être traduit dans différents pays et a une bonne chance d’être adapté en série, donc oui, j’ai passé un cap dans la reconnaissance de mon travail. Mais le plus important reste l’écriture et l’impression pour moi d’avancer, de m’améliorer à chaque livre. C’est un challenge excitant. Et bien sûr, comme c’est le cas avec mes trois livres, j’aime proposer des récits différents, ne pas me cantonner dans un seul style. Cela aussi est très motivant.

 

● Comment organises-tu tes recherches avant l’écriture d’un roman et combien de temps cela te prend-il ?

Je compte environ un mois de recherche (lieux, histoire, sujet principal…) et ensuite six mois d’écriture. J’écris selon l’inspiration, je n’ai pas d’habitude ou de rituel. Je peux ne pas écrire durant une semaine comme me retrouver cinq heures non-stop devant l’ordinateur.

 

● Peux-tu nous dire si un quatrième roman est en cours d’écriture ?

Oui, je suis en train de l’écrire. Une fois de plus, ce sera différent du précédent. On quitte le thriller psychologique pour des drames profonds, répugnants mais malheureusement bien réels… Ce sera la première fois que j’utilise l’actualité (même si dans les chiens de Détroit la crise économique était réelle, ce n’était pas le cas pour les crimes) pour broder un récit autour. Et croyez-moi, en faisant mes recherches sur le sujet, je ne pensais pas découvrir autant d’horreur… Le prochain roman devrait sortir en septembre.

 

Lien vers ma chronique Les refuges

Je tiens à remercier Jérôme Loubry d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur de talent.

 

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Les refuges – Jérôme Loubry

Un grand merci aux Editions Calmann-Lévy Noir pour cette lecture.

Chronique :

En 2017 j’ai eu la chance de participer à un petit-déjeuner/rencontre entre blogueurs & auteurs lors du Festival Sans Nom à Mulhouse. Il y avait Sire Cédric un auteur déjà très connu et un certain Jérôme Loubry que je ne connaissais pas du tout. Il venait à peine de publier son premier roman Les chiens de Détroit. Un an après est sorti son second livre Le douzième chapitre que je n’ai pas encore lu. Cette année est sorti son troisième livre, Les refuges ! C’est de ce livre que je vais vous parler. Allez suivez-moi en direction de cette magnifique région qu’est la Normandie. couv52564154

On est en 1949 sur une île au large de la Normandie et on fait connaissance avec Suzanne Vaudrier. Une île qui après la seconde guerre mondiale a été racheté et transformé en camps de vacances pour les enfants. Suzanne y est animatrice et prend son rôle auprès de ses enfants qui ont tant souffert à cause de la guerre très à cœur. Jusque surgit un drame affreux…
Puis on se retrouve en 1986, on fait la connaissance de Sandrine Vaudrier une journaliste qui se trouve chez Frank Wernst, un vieux paysan qui habite dans un endroit très isolé. Elle est chez lui pour écrire un article. Lorsqu’elle rentre de son reportage, Pierre son patron l’a convoque dans son bureau. Ce dernier lui informe que sa grand-mère Suzanne Vaudrier est décédée et qu’elle doit se rendre chez le notaire. Lors de son rendez-vous, Sandrine est invitée à se rendre sur l’île où vivait sa grand-mère. Une île très isolé et fermé à tout visiteurs car destiné à devenir une réserve naturelle. Mais Sandrine s’y rend pour ranger et trier les affaires de Suzanne, et surtout pour comprendre cette grand-mère qu’elle n’a jamais vraiment connue. Mais lorsqu’elle pose les pieds sur cette île, elle va très vite découvrir que tout ne va pas se passer comme prévue… Pensant repartir très vite, elle apprend qu’elle y est finalement coincée pendant toute une semaine, jusqu’au prochain bateau. Que se passe-t-il sur cette île ? Pourra-t-elle un jour de nouveau la quitter ?

Dès le début du livre, j’ai été littéralement happé par le récit. Deux personnages, deux époques et une intrigue mystérieuse pleine de rebondissements… Jérôme Loubry a su créer une atmosphère et une ambiance sombre et oppressante. Cette île qui se trouve au large des côtes mais que personne ne connaît est une invention géniale. On sent que Sandrine dois se méfier de tout, mais on veut comprendre, on veut savoir. J’ai adoré m’imaginer sur cette île. Les habitants sont tous mystérieux et je ne comprends pas pourquoi ils vivent depuis toujours sur ce bout de terre ! Quels secrets cachent-ils ?

Vous l’aurez compris, Les refuges est pour moi un gros coup de cœur. J’ai envie de dire qu’il y a Shutter Island de Dennis Lehane et maintenant Les refuges de Jérôme Loubry… Ce livre termine en beauté mon année 2019 et je pense qu’il va me marquer autant que Le Cri de Nicolas Beuglet. A la télé on entend très souvent dire certains sportifs « C’est pour vivre ce genre de moments que je m’entraîne dur toute l’année »! Et ben à mon tour j’ai envie de dire que c’est pour ce genre de livre que j’ai plaisir à lire toute l’année et à tenir ce blog. Merci à toi Jérôme Loubry pour ce livre fantastique.

Résumé de l’éditeur :

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ?
Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?
Qui était vraiment sa grand-mère ?
Sandrine sera retrouvée quelques jours plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

Jérôme Loubry – Les refuges (Editions Calmann-Lévy 2019)

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Entretien avec Elsa Roch – Le baiser de l’Ogre

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● Pourrais-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Je suis psychologue clinicienne spécialisée dans les troubles autistiques, l’adolescence et les addictions, et depuis tout récemment auteure de noir aux Editions Calmann-Lévy.

 

● Quel est ton premier souvenir avec le monde du livre ?

L’impatience que je ressentais, enfant, entre deux livres ! Qu’est-ce que j’aimais lire, partout, tout le temps. Quel plaisir ressenti ! J’adore toujours ça, être emportée par la lecture. Elle a un grand pouvoir d’émerveillement et de consolation.

 

● D’où t’es venue l’envie d’écrire des « Polars » ?

J’ai commencé par écrire de la poésie à l’adolescence, puis un roman de littérature dite « blanche » au début de l’âge adulte afin d’élargir mon univers, mais cette dernière expérience n’a pas été à la hauteur de mes espérances… Simultanément, j’ai découvert les polars avec Gone, Baby, Gone de Lehane, offert par ma meilleure amie qui m’a dit « Tu devrais te mettre à lire des polars, tiens, essaye ça », et ça a été une révélation, je me suis dit ce monde est le mien, il concentre tout, la vie, l’amour, la mort, je peux y être libre. Peu de temps après, je me suis lancée.

 

● Comment t’es venue l’idée de l’intrigue pour ton roman « Le baiser de l’Ogre » ?

Je souhaitais parler des « salauds ordinaires », qui peuplent nos vies ou celles de nos amis, causant d’insondables dégâts psychologiques, et du poids de certains secrets, de leur folie.

 

● Comme je l’ai dit dans ma chronique, pour moi ton livre est un roman noir poétique avec beaucoup d’humanité et de tendresse, quel message souhaitais-tu faire passer ?

Le mot « message » me fait un peu peur. Je souhaitais surtout, à travers le personnage de Liv, mettre en avant la différence, montrer qu’elle pouvait apporter bonheur et joie. J’aime beaucoup m’attacher aux personnages qui évoluent « en marge » de notre monde hyper normé. La poésie dont tu parles surgit souvent d’eux…

 

● D’ailleurs peux-tu nous en dire un peu plus sur le personnage de Liv ?

Il est directement inspiré d’une petite fille, à l’époque diagnostiquée autiste, dont je me suis beaucoup occupée adolescente. Sa rencontre a bouleversé ma vie. Pour elle j’ai voulu devenir psy, pour elle il a fallu que j’écrive. La genèse du Baiser de l’Ogre est vraiment une belle histoire. Aujourd’hui, une boucle est bouclée : j’avais promis (à moi-même !) d’essayer d’écrire un roman qui lui rendrait hommage, voilà qui est fait et je suis comblée, d’autant que cette petite Liv semble remporter tous les suffrages auprès des lecteurs, et ça, c’est vraiment magique.

 

● Peux-tu nous dire si un quatrième tome de la saga Amaury Marsac est déjà en cours d’écriture ?

Oui, il l’est ! Se remettre à l’écriture après une parution est pour moi une nécessité : il faut contrer le book blues, ce sentiment de vide effroyable, de tristesse, qui vous envahit… Et puis j’adore retrouver mon personnage récurrent. Lui et moi avons à chaque fois une sorte de rendez-vous amoureux qu’il s’agit d’honorer au mieux.

 

● Quelles sont tes habitudes d’écritures et combien d’heures en moyenne écris-tu par jour ?

J’écris partout, mais ma préférence est d’être chez moi, au calme, entourée de mes objets fétiches, une tasse de café, mes carnets, mon chat, la vue sur la montagne… Si rien ni personne ne vient me déranger, j’écris alors des heures, 6 ou 7, voire davantage.

 

● Quel sera ton mot de fin à cet entretien ?

Un grand merci à toi, Steve, pour cet entretien et la jolie chronique qui l’a précédé. Un livre, donc un auteur, n’est rien sans ses lecteurs !

 

Lien vers ma chronique Le baiser de l’Ogre

Je tiens à remercier Elsa Roch d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette auteure.

 

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Le baiser de l’Ogre – Elsa Roch

Un grand merci aux Editions Calmann-Lévy Noir pour cette lecture.

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler du troisième roman d’Elsa Roch, Le baiser de l’Ogre. Bien entendu ça fait longtemps que j’entends parler de cette auteure, mais pour l’instant je n’avais pas encore pris le temps de la découvrir. Ma rencontre avec elle le mois dernier lors du Festival Sans Nom à Mulhouse où j’ai pu échanger avec elle a certainement été un déclic. C’est une femme très gentille et très discrète à l’image de son livre. Je suis rentré dans son univers et j’ai été séduit. Allez suivez-moi, c’est parti direction Paris. couv33402464

On rentre directement dans le vif du sujet. Amaury Marsac, commissaire au 36 quai des Orfèvres est réveillé en pleine nuit par un appel d’urgence assorti d’une géolocalisation. Sur place, il découvre Lise Brugguer la récente recrue de son groupe, qui a pris une balle dans le dos et se retrouve immobile visage tournée vers lui. En face d’elle se trouve un homme dont la tête a explosé. Avant de perdre connaissance elle lui demande de ne rien dire à l’équipe et surtout de prendre soin de Liv, sa fille de 3 ans. Marsac, qui n’était pas au courant que sa collègue avait un enfant, va tout faire pour cacher la vérité à son équipe pendant quelques jours. Mais il se sent mal vis à vis d’eux et espère que Lise sort rapidement du coma pour pouvoir lui parler et en savoir plus sur cette affaire. Il va tenir sa promesse, se rendre chez Lise et s’occuper de Liv une petite fille au visage d’ange qui se balance d’avant en arrière sans dire un mot. D’après les médecins elle souffre de troubles du spectre autistique.

Petite parenthèse je ne savais pas que Le baiser de l’Ogre est le troisième opus d’une saga mettant en scène Amaury Marsac et son équipe du 36 quai des Orfèvres. Du coup cela confirme à nouveau que je préfère commencer une saga par le début. Même si ce livre se lit indépendamment comme d’autres, c’est quand même mieux de connaître l’historique des personnages. J’aime connaître tous les liens qu’il y a entre les différents protagonistes et suivre leur vie et leur évolution. Donc je vais me procurer les deux premiers tomes. Car je trouve qu’il y a pas mal d’allusions qui sont faites sur le passé des différents personnages et c’est dommage de passer à côté de certaines choses, au moment de la lecture surtout que j’ai adoré Amaury et Raimbauld !
Pour en revenir au livre j’ai adoré la plume d’Elsa Roch, je l’ai trouvé douce et poétique. Dans Le baiser de l’Ogre plusieurs thèmes sont abordés et mis en avant, bien entendu l’autisme, mais aussi l’enfance, la pédophilie et le regard des autres sur la différence. Si vous recherchez beaucoup de rythme et d’action passez votre tour, l’intrigue passe clairement au second plan. L’essentiel dans ce livre ce sont les personnages, l’humanité, la tendresse et l’espoir qui en émane.

Pour moi Le baiser de l’Ogre est un roman noir très poétique qui est dur et tendre à la fois. Honnêtement je n’ai pas pour habitude de lire ce genre de polar, mais ça change et cela fait beaucoup de bien. Je vais bien évidemment me procurer son premier livre Ce qui se dit la nuit. Elsa Roch est une auteure à découvrir, elle a vraiment beaucoup de talent.

Résumé de l’éditeur :

Paris, en pleine nuit. Amaury Marsac, chef de groupe à la Criminelle, découvre dans le hall d’un immeuble sa plus jeune équipière, Lise Brugguer, gisant entre la vie et la mort. Près d’elle, un cadavre d’homme à la tête explosée, mais pas d’arme.
Avant de sombrer dans l’inconscience, Brugguer lui révèle qu’elle a une fille de trois ans, qui est peut-être en danger, et que lui, Marsac, doit veiller sur elle.
Marsac est stupéfait d’apprendre l’existence de cette enfant. Et quand il la rencontre, petite fille muette aussi mystérieuse qu’attachante, la protéger devient son obsession. Mais pourquoi Brugguer était-elle dans ce hall ? Quelles étaient ses relations avec la victime, vermine criblée de dettes ? Et qui pourrait en vouloir à cette petite fille ?
Marsac va devoir démêler les faux-semblants et déterrer les secrets du passé de son équipière pour percer la vérité. Et vaincre l’Ogre…

Elsa Roch – Le baiser de l’Ogre (Editions Calmann-Lévy (Noir) 2019)

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Entretien avec René Manzor – Apocryphe

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● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

J’ai toujours éprouvé le besoin de raconter. Aussi loin que je me souvienne. J’ai d’abord assouvi ce besoin à travers le cinéma avec des long-métrages comme « Le Passage », « 3615 Code Père Noël ». Puis j’ai eu la chance que ces films soient appréciés par Steven Spielberg qui m’a invité à Hollywood pour travailler sur un projet. Je comptais y passer quelques mois, j’y suis resté dix ans. Pendant ces dix ans, j’ai réalisé pour la télé et le cinéma, et j’ai continué à écrire beaucoup, pour moi et pour les autres.

 

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Une littérature imposée par l’école. Et, quand on impose quelque chose à un enfant, il a tendance à s’en détourner. C’est sans doute ce qui m’a poussé vers le dessin, un espace où mon imaginaire pouvait être en liberté. Ce sont les contes qui m’ont fait découvrir la puissance visuelle des mots. Et notamment celui de J.M Barrie : « Peter Pan » parce que, comme lui, je ne voulais pas grandir et, comme lui, j’étais convaincu qu’une fille était plus utile que vingt garçons.

 

●Vous êtes réalisateur et scénariste, vous travaillez pour le cinéma et la télévision, dîtes moi ce qui vous a poussé à écrire votre premier roman en 2012 ?

Un rêve récurrent que je faisais depuis tout petit : un Luna Park abandonné au bord d’une plage, un manoir victorien dévoré par des plantes grimpantes, un pont suspendu sous la neige… Je me suis longtemps demandé ce que ces décors sans personnage, ces bribes d’histoire attendaient de moi. Et j’avais beau chercher à les ignorer en fabriquant d’autres images avec ma caméra, le rêve était toujours là. Et quand la fatigue se faisait sentir, il refaisait surface. C’est ma femme qui m’a arraché à cette obsession, en parvenant à me convaincre que cette histoire était peut-être destinée à être écrite sans caméra. Avec mes mots comme seul bagage. Deux ans après, mon premier roman, « LES ÂMES RIVALES », était là !

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire « Apocryphe » ?

Lorsque j’étais enfant, l’histoire de Jésus était aussi fascinante pour moi que celle des fées, des magiciens, du Père Noël ou de la mythologie. Elle était une ouverture sur le merveilleux avec son étoile du berger, ses rois mages, ses miracles, sa résurrection… Comme dans les contes, il y avait aussi des passages terrifiants comme « le massacre des innocents » ou la « crucifixion ».
En grandissant, je me suis demandé pourquoi le monde des adultes exigeait qu’on abandonne toutes croyances dans le merveilleux excepté celle-ci. Qu’y avait-il dans cette histoire de plus réaliste que dans les autres ? Pourquoi nous touchait-elle aujourd’hui encore au point qu’on se définisse par rapport à elle : avant ou après J.C., « croyant » ou « non croyant » ? Quelle vérité se cachait derrière cette croyance ? C’était une question sans réponse. Mais, pour y répondre, mes personnages allaient devoir vivre au 1er siècle.

 

Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce roman ?

C’est difficile de répondre à la question car, dans mon cas, les périodes d’écriture littéraire sont souvent interrompues par mon métier de scénariste ou de metteur en scène. Je ne peux donc raisonnablement sortir un livre que tous les deux ans. Mais si je ne faisais qu’écrire des romans, je pense que cela me prendrait un an. Six mois de recherches et six mois d’écriture proprement dite.

 

Vous avez dû effectuer un travail de recherche impressionnant  pour écrire « Apocryphe », est-ce que le fait d’être réalisateur et scénariste vous aide à écrire un tel roman ?

Quand je lis un livre, j’aime pénétrer dans un territoire inconnu, découvrir un univers, une époque, un mystère. Quand je l’écris, ce sont souvent des questions sans réponses qui m’inspirent. Je pousse mes personnages à y répondre en les plongeant dans une situation inextricable.
Mon métier de metteur en scène exige que je sois présent physiquement sur les lieux de l’histoire que je raconte. Un cinéaste est un témoin oculaire, sensoriel des faits qu’il raconte. Il fallait donc que je sois présent au 1er siècle 🙂 Et, comme la machine à remonter le temps n’existe pas encore, c’est par une recherche approfondie que j’y suis parvenu. La  judéité du 1er siècle, la vie sociale en Palestine, l’occupation romaine, les enjeux politiques, stratégiques et religieux de l’Antiquité permettent de toucher de près cette réalité, donc d’être présent sur les lieux. Dès lors, l’enquête peut commencer. Les personnages historiques ne nous apparaissent plus en flash-back, comme dans les livres d’Histoire. On est avec eux ! Ils deviennent des « personnes ». Et l’on est tenté de fouiller là où les historiens n’ont pas pu fouiller : leur humanité, leurs doutes, leurs ambitions, leurs émotions. Tout ce qui nous permet d’en révéler la face cachée, tantôt plus lumineuse, tantôt plus sombre, quitte à être choqué parfois, face à certaines découvertes.

 

 « Apocryphe » évoque la religion, un sujet toujours très sensible à aborder, quel  message voulez-vous faire passer avec ce roman ?

La foi n’est pas basée sur des certitudes. Elle se nourrit du doute. Quand on dit « je crois » c’est bien qu’on n’est pas sûr. L’erreur majeure des églises de tous bords c’est de dire « Nous avons la vérité ». D’où la question sur la couverture du roman : « Qu’est-ce que la vérité? ». Parce que personne ne détient la vérité. C’est la recherche de la vérité qui est intéressante, le voyage. Exactement comme pour la vie : c’est l’existence qui est passionnante, pas la destination. En ce qui me concerne, je crois en plein de choses. Et, si je crois, c’est parce que je ne suis sûr de rien.

 

 Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Mystère. C’est le mot que je préfère.

 

Lien vers ma chronique du roman Apocryphe.

Je tiens à remercier René Manzor d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

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Biographie de René Manzor

René Lalanne, dit René Manzor, né le à Mont-de-Marsan, est un réalisateur et scénariste français. Il est le frère de Francis Lalanne et de Jean-Félix Lalanne. Il débute sa carrière par la réalisation de quelques courts métrages, dont « Synapses » qui remporte le Grand prix au Festival international du jeune cinéma de Hyères. En 1986, il sort son premier long métrage, « Le Passage », un film fantastique avec Alain Delon (également producteur). Après avoir participé à deux épisodes de la série télévisée « Sueurs froides », il met en scène son deuxième long métrage, le thriller « 3615 code Père Noël » (1990). Ce film, considéré aujourd’hui comme une référence culte et qui est ressorti en salles aux Etats-Unis pour Noël 2018, confirme la maestria de René  Manzor à fabriquer des univers visuels impressionnants. Un style qui attire très vite l’attention d’Hollywood. Steven Spielberg et George Lucas l’engagent pour réaliser plusieurs épisodes de leur série Young Indiana Jones. Voilà le jeune Français lancé aux États-Unis où il restera dix ans, travaillant comme scénariste et réalisateur,  mais aussi script doctor pour les grandes productions. À la télévision américaine, il a signé la réalisation de plusieurs épisodes de série comme « Le Voyageur » (The Hitchhiker), « Highlander », « Band of Brothers », « Les Aventures du jeune Indiana Jones ».

Il revient en France et au cinéma avec la comédie fantastique « Un amour de sorcière » (1997), avec Vanessa Paradis, Jeanne Moreau et Jean Reno.
En 2003, il sort son quatrième film, « Dédales », avec Lambert Wilson et Sylvie Testud. Il travaille ensuite uniquement pour la télévision.
Après le cinéma (qu’il n’abandonne pas), la télévision (qu’il compare à une salle de
musculation), Manzor ajoute une corde à son art : le roman. Après le succès en 2012 de son thriller littéraire Les Âmes rivales, son second roman Celui dont le nom n’est plus obtient le prix Polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac en 2014. Suivront en 2016 Dans les Brumes du Mal et en octobre 2018
son roman le plus ambitieux jusqu’ici, le thriller biblique : Apocryphe.
René Manzor confirme que, avec une caméra ou un stylo, il est et reste avant tout
un conteur.