Entretien avec Antoine Renand – L’Empathie

 

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● Pourrais-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Avant d’écrire L’Empathie, mon premier roman, j’ai réalisé des courts-métrages et écrit des scénarios de longs-métrages. Je suis passionné par le cinéma et par les livres.

 

Quel est ton premier souvenir avec le monde du livre ?

Je me souviens d’avoir lu un grand nombre de romans destinés aux enfants, lorsque j’avais entre 7 et 10 ans. Je serais incapable de raconter ces histoires aujourd’hui, mais je me revois en train de les lire, essentiellement pendant mes vacances scolaires. À l’époque, internet n’existait pas et il arrivait que certains endroits ne soient même pas équipés de télévision… Comme j’étais enfant unique, il fallait bien que je m’occupe ! Les livres étaient un moyen formidable de m’évader. À l’adolescence, j’ai été très marqué par L’Île au trésor. Puis par toute une série de romans d’Agatha Christie, qui ont été formateurs.

 

● Tu es scénariste et metteur en scène, qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ton premier roman en 2019 ?

Lorsque je me suis orienté vers le cinéma, mon envie première était d’imaginer des histoires et de les écrire sous forme de scénario. C’est une étape que j’ai toujours trouvée fondamentale dans la fabrication d’un film.
Écrire un roman est un désir que je porte également en moi depuis l’adolescence mais, longtemps, je ne m’en suis pas senti capable. J’ai fait quelques essais que je ne trouvais pas concluants. Les années ont passé, j’ai acquis de la maturité. Et en 2015, j’ai eu l’idée de L’Empathie. Après avoir visualisé mentalement ce que pourrait donner cette histoire, j’ai très vite conclu qu’il s’agirait d’un projet presque impossible à vendre à des producteurs et qu’en revanche la matière que j’avais devant moi, très riche, pourrait engendrer un roman qui serait à la fois un thriller et un drame. Moi qui cherchais depuis longtemps un sujet fort de roman, j’ai cette fois sauté le pas.

 

● D’où t’es venue l’envie d’écrire des « Polars » et comment t’es venue l’idée de l’intrigue pour ton premier roman « L’Empathie » ?

Je vois le polar comme le descendant de la tragédie. C’est un genre qui me plait et qui s’impose à moi. Je pense que pour un même sujet, certains auteurs s’orienteront instinctivement vers la comédie et d’autres vers la tragédie. J’ai tendance à tout emmener vers le noir.
Je ne me limite toutefois pas au polar. La science-fiction, l’anticipation, l’horreur, le drame, sont des genres qui m’attirent également et dans lesquels on peut raconter absolument ce que l’on veut.
L’histoire de L’Empathie, justement, m’inspirait car je sentais que j’allais pouvoir à la fois développer une intrigue de roman policier et parler du viol.

 

● Comment tes personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement Anthony Rauch alias La Poire ?

Le personnage d’Anthony Rauch est à l’origine du roman, il est la première idée qui m’est venue et qui m’a poussé à chercher le reste. C’est un personnage qui a de gros problèmes et qui cache de lourds secrets. Lorsque j’ai imaginé le conflit qui l’habitait, les lignes directrices du récit me sont apparues et, petit à petit, les autres personnages sont nés.

 

● Dans L’Empathie qui porte d’ailleurs bien son nom, tu évoques un sujet assez complexe à traiter, quel message souhaites-tu faire passer ?

J’aime poser des questions, sans imposer les réponses. Dans L’Empathie, je montre le point de vue de différentes victimes de viols et leurs difficultés sur le court terme et le long terme. Il s’agit d’un sujet majeur, dont on parle de plus en plus dans les médias depuis quelques années (Me Too est arrivé alors que j’étais déjà plongé dans l’écriture).
Je pense qu’il faudrait à présent s’intéresser davantage aux maltraitances (pas seulement sexuelles) que subissent beaucoup d’enfants. La société dans son ensemble s’en porterait mieux. Beaucoup de choses se jouent pendant l’enfance.

 

Comment organises-tu tes recherches avant l’écriture d’un roman et combien de temps cela te prend-il ?

L’Empathie est l’histoire qui m’a demandé le plus de documentation depuis que j’écris. J’y ai passé plusieurs mois en amont et j’ai continué pendant toute l’écriture.

 

Quelles sont tes habitudes d’écritures et combien d’heures en moyenne écris-tu par jour ?

Parfois, je n’écris pas pendant des semaines ou des mois. Je prends juste des notes, quand quelque chose me vient. Je sais que certains auteurs s’imposent d’écrire chaque jour, quoi qu’il arrive ; personnellement, si je ne suis pas plongé dans l’écriture d’une histoire, avec une idée précise de ce que je veux raconter, je n’écris pas.
Néanmoins, ce n’est pas parce que l’on n’a pas de stylo à la main (ou de clavier sous les doigts) qu’on ne travaille pas sur le prochain roman… De mon point de vue, écrire c’est aussi réfléchir. Je n’aime pas foncer tête baissée dans l’écriture d’un roman ou d’un scénario sans savoir où je vais.
Je passe beaucoup de temps à rêver, à visualiser des scènes que je pense écrire un jour, à en chercher de nouvelles. Ce qui fait que lorsque je retourne devant ma page, je n’arrive pas totalement vierge, j’ai des choses en stock dans lesquelles je pioche.
Pour la phase d’écriture en elle-même, le temps est également variable. Il faut de la discipline et j’essaye de me réserver des moments les plus longs possibles.

 

● Quel sera ton mot de fin à cet entretien ?

Merci pour ton retour de lecture très chaleureux et merci de t’intéresser à mon travail !

Lien vers ma chronique de L’Empathie

Je tiens à remercier Antoine Renand d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

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L’Empathie – Antoine Renand

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler de L’Empathie premier roman d’Antoine Renand. C’est un livre qui a beaucoup fait parler de lui cette année. Si vous me suivez assidument vous savez très bien que je n’ai pas pour habitude de me laisser influencer. Mais j’en ai vu passer des avis et des chroniques sur ce livre, je l’ai enfin lu et je me suis fait mon propre avis. Moi qui ne lis jamais la quatrième de couverture, j’essaye toujours d’entamer un livre avec le moins d’attente possible. Allez c’est parti suivez-moi en direction de notre belle capitale et avec empathie bien sûr ! 61erfkj2qEL

On fait la connaissance d’Alpha, un homme pervers et sadique doté d’une grande force. La presse le surnomme le lézard grâce à sa capacité à escalader les façades d’immeuble pour s’introduire chez ses victimes. C’est un violeur en série qui aime s’en prendre aux couples. Il commence toujours par frapper l’homme, puis l’attache, pour le forcer à regarder le viole de sa compagne. Il va semer la peur dans toute la capitale. C’est le capitaine Anthony Rauch surnommé La Poire, qui va s’occuper de l’affaire. Avec sa coéquipière Marion Mesny, ils vont essayer de retrouver la trace de ce fameux lézard. Tous les deux s’entendent très bien, mais on sent très vite que les deux cachent quelque chose…

J’ai trouvé les personnages intéressants et très aboutis. Bien entendu on peut dire qu’ils sont un peu caricaturaux, mais moi j’ai bien aimé leur complexité. Ils ont tous vécu des drames personnels et ont gardé de nombreuses séquelles. Pour moi le personnage d’Anthony Rauch alias la Poire est vraiment de qualité. C’est un personnage difficile à comprendre et à cerner. Ses relations avec sa mère sont conflictuelles et avec sa collègue Marion il est sur la réserve. En tant que lecteur on veut comprendre, on se pose un tas de questions et au fur à mesure on obtient les réponses. L’auteur traite un sujet complexe, que sont les viols et les violeurs en série, mais il n’oublie pas d’évoquer les victimes ainsi que les conséquences d’un viol sur elles…

Pour qui faut-il avoir de L’Empathie dans ce roman ? Je pense que telle est la question. Je pense que chaque lecteur se fait son propre avis là-dessus. En tout cas je trouve que c’est un bon premier thriller qui est bien écrit et très original. L’intrigue est maîtrisée de bout en bout, avec intelligence et justesse. Posez-vous avec votre ouvrage et faites-vous votre propre avis c’est toujours mieux ! En tout cas moi j’ai hâte de lire le second roman d’Antoine Renand.

Résumé de l’éditeur :

Vous ne dormirez plus jamais la fenêtre ouverte.  » Il resta plus d’une heure debout, immobile, face au lit du couple. Il toisait la jeune femme qui dormait nue, sa hanche découverte. Puis il examina l’homme à ses côtés. Sa grande idée lui vint ici, comme une évidence ; comme les pièces d’un puzzle qu’il avait sous les yeux depuis des années et qu’il parvenait enfin à assembler. On en parlerait. Une apothéose.  » Cet homme, c’est Alpha. Un bloc de haine incandescent qui peu à peu découvre le sens de sa vie : violer et torturer, selon un mode opératoire inédit. Face à lui, Anthony Rauch et Marion Mesny, capitaines au sein du 2e district de police judiciaire, la  » brigade du viol « . Dans un Paris transformé en terrain de chasse, ces trois guerriers détruits par leur passé se guettent et se poursuivent. Aucun ne sortira vraiment vainqueur, car pour gagner il faudrait rouvrir ses plaies et livrer ses secrets. Un premier roman qui vous laissera hagard et sans voix par sa puissance et son humanité.

Antoine Renand – L’Empathie (Editions Robert Laffont (La Bête Noire) 2019)

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