L’homme aux cercles bleus – Fred Vargas

Chronique :

L’homme aux cercles bleus est le premier roman où apparaît le célèbre commissaire Adamsberg, personnage fétiche de Fred Vargas. Après avoir lu « l’homme à l’envers » c’est ma seconde rencontre avec cette auteure. J’ai pour habitude de toujours commencer par les premiers tomes d’une saga, même si forcément, il y a toujours le risque que ce ne soient pas les meilleurs de la série. Allez c’est parti en direction de notre belle capitale Parisienne.001971210

Suite à l’élucidation de cinq meurtres en quatre ans en Province, Jean-Baptiste Adamsberg est muté à Paris et monte en grade, d’abord inspecteur, aujourd’hui commissaire. Tout commence par une personne mystérieuse qui dessine des cercles bleus sur les trottoirs de Paris. Ces cercles bleus sont accompagnés d’objets et d’une phrase. Pour le commissaire ces agissements ne sont pas une simple lubie il est persuadé que L’homme aux cercles va passer à la vitesse supérieure. Jusque-là rien de très grave, mais l’affaire prend une nouvelle tournure lorsqu’un matin on retrouve une femme sans vie au milieu d’un cercle, Adamsberg se dit que, malheureusement, son pressentiment était le bon…

Les personnages sont une composante majeure des romans de Fred Vargas. Nous avons dans un premier temps le commissaire Adamsberg, un homme atypique et rêveur, qui se fie à son instinct. Le commissaire a une manière bien personnelle de résoudre les enquêtes. Il n’essaye pas de réfléchir de manière ordonnée sinon ses pensées s’échappent. Son adjoint Danglard, père célibataire de 5 enfants, amateur de vin blanc, a lui besoin de preuves pour croire quelque chose plutôt qu’une vague intuition.
Les autres personnages sont tout autant particuliers. Mathilde Forestier est une océanographe de renom qui s’intéresse aux hommes jusqu’à suivre des gens dans la rue et noter leurs activités dans des cahiers. Elle recueille chez elle Charles Reyer, un aveugle n’acceptant pas son handicap. Clémence Valmont, qui loge également chez Mathilde, est une femme assez âgée qui passe son temps à répondre à de petites annonces.

Je sais très bien qu’il faut poser le contexte et présenter chacun des personnages, mais pour moi c’était un peu trop long à venir…ça manque de rythme. J’ai rarement eu autant de mal à finir un livre de poche de 200 pages. J’aurai bien aimé un peu plus d’actions au milieu de l’enquête et je dois avouer que le dénouement m’a un peu déçu. L’écriture de Fred Vargas est atypique tout comme ses personnages. Certains parlent de poésie et cela est peut-être le cas, mais moi je dois avouer être complètement hermétique à cette sorte de poésie. Au final, je pense être passée un peu à côté de cette lecture.

Pour conclure, ce n’est de loin pas le meilleur policier que j’ai pu lire, mais je pense retenter une nouvelle fois l’expérience avec le commissaire Adamsberg.

Résumé de l’éditeur :

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? »
Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu: trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon…
Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent: un maniaque, un joueur.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvais augure. Il le sait, il le sent: bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.

Fred Vargas – L’homme aux cercles bleus (Editions Viviane Hamy 1996), (Editions J’ai Lu 1996, 2008, 2013), (Editions France Loisirs 2008)

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Echo – Ingrid Desjours

Chronique :

Je découvre Ingrid Desjours avec son premier roman Echo. C’est elle même qui me l’a conseillé en octobre au FSN à Mulhouse. Je dois dire que pour une première c’est vraiment réussi. Nous voici donc parti en direction de Paris et son star-system. echo

Le livre se présente en deux parties, d’un côté on suit l’enquête sur le meurtre scénarisé des jumeaux, avec une mise en scène très glauque et pervers, en parallèle, on suit un journal intime tenu par un jeune enfant, violé, battu et martyrisé par sa mère et ses deux frères. Ce journal nous fait comprendre comment un enfant peut être détruit et comment son enfance va impacter sur sa vie d’adulte.
Nous avons un double meurtre, celui des jumeaux Vaillant, les présentateurs vedettes de la célèbre émission Le miroir aux alouettes. Face à ce meurtre qui renvoie au mythe de Narcisse, Garance Hermosa une experte en sexo-criminologie, va venir en aide au commandant Patrick Vivier. Afin de découvrir le meurtrier, il faut d’abord apprendre à discerner la psychologie de la victime, pour comprendre le mobile et de ce fait trouver l’assassin. Mais l’enquête ne va pas être si simple, car il semble que les jumeaux avaient plus d’ennemis que d’amis. Les deux frères devaient surtout leur célébrité à leurs comportements immondes et irrespectueux lors de leur émission. Dans cette dernière ils recevaient des célébrités qu’ils s’amusaient à démolir, afin de satisfaire la curiosité des spectateurs. Découvrir le tueur dans ce contexte, semble être mission
impossible.
Garance est une femme au caractère bien trempé qui dégage extérieurement une assurance et un sex-appeal énorme. En revanche, elle a ses failles et ses peurs, mais n’ose les dévoiler à personne. Le commandant Vivier qui a la cinquantaine est lui un homme désabusé qui a vécu beaucoup de choses dans sa vie. La psychologue a un côté intriguant pendant que le commandant a lui un côté rassurant. J’ai beaucoup aimé leur collaboration, leur rapport ainsi que leurs échanges.

Ingrid Desjours connait bien son sujet étant elle-même diplômée en psychologie et spécialisée en sexo-criminologie. Elle manipule à merveille ses personnages et distille avec parcimonie des éléments discrets, qui soudain éclaire l’enquête et nous précipite vers une fausse piste.

Ce premier thriller est une réussite, les aspects psychologiques sont bien traités. Les différents thèmes abordés par l’auteure sont très durs et donnent beaucoup de profondeur au récit. Echo est vraiment un très bon thriller. Si comme moi, vous n’avez pas encore lu de roman d’Ingrid Desjours, n’hésitez pas et foncez, vous ne serez pas déçu.

Résumé de l’éditeur :

Le star-system est en deuil depuis que les frères Vaillant, présentateurs adulés de l’émission du moment, ont été sauvagement assassinés. Appelée en renfort auprès du commandant Vivier, l’experte en sexo-criminologie Garance Hermosa établit vite que le crime, obéissant à un obscur rituel, est l’œuvre d’un esprit particulièrement sadique et torturé.
Mais dans cet univers de strass et de paillettes où les volontés de nuire sont légion, tous ceux que croisent le policier et sa collaboratrice ont une personnalité assez perverse pour être suspects. Afin de démasquer le meurtrier, la jeune profiler à la vie chaotique devra s’en faire le miroir. Au risque d’épouser sa folie et de plonger au cœur du mal…
Ingrid Desjours – Echo (Editions Plon 2009), (Editions France Loisirs 2010), (Pocket 2010, 2015).

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Prédation – Jérôme Camut et Nathalie Hug

Chronique :

Je débute enfin avec le couple Jérôme Camut & Nathalie Hug. Cela fait très longtemps que j’ai Prédation dans ma PAL. J’ai choisi de commencer par ce livre car c’est le premier volume de la série Les voies de l’ombre. Nous voici donc parti en direction de Paris.

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Nous allons suivre une double narration, d’un côté celle de Rufus Baudenuit, l’inspecteur chargé de l’enquête accompagné de son acolyte Cécile. Et d’un autre côté le calvaire d’Andréas qui est l’un des personnages clefs du roman. L’intrigue va mettre aux prises la police avec un psychopathe d’une rare perversité qui enlève et se débarrasse de ses victimes suivant un plan millimétré et implacable. Paris, 13 juillet, peu après minuit,  l’inspecteur est appelé sur un homicide. Un cadavre est découvert nu dans une friche industrielle le bras arraché et possédant un étrange tatouage chinois sur le torse. Très vite d’autres personnes sont retrouvées mortes avec le même tatouage. Baudenuit, va vite se rendre compte qu’il est tombé sur une affaire bien plus complexe que prévu.
On rentre avec ce livre dans la part la plus sombre de l’être humain. Rufus Baudenuit est quant à lui l’archétype du flic entre deux âges, désabusé mais efficace. La confrontation entre Kurtz et Rufus m’a bien plu et j’attendais avec impatience le dénouement. Âmes sensibles s’abstenir car la descente est rude et toute trace de raison disparaît au profit de la folie la plus sombre.

Les personnages sont convaincants et attachants. L’écriture à quatre mains est une réussite totale. La plume des auteurs est vraiment efficace et maîtrisée. Les chapitres sont courts et s’enchainent très vite. On suit avec inquiétude l’enfermement de personnages dont la vie d’un proche est en jeu.

Prédation est un thriller qui va au plus profond de l’âme humaine pour en extirper son côté sombre et pervers. Un roman, écrit à quatre mains, qui m’a offert un bon moment de lecture avec une intrigue maîtrisée et passionnante. Je lirai avec plaisir le second tome Stigmate.

Résumé de l’éditeur :

Un cadavre nu est découvert dans une friche industrielle, la main droite déchiquetée. Un homme se tire une balle en pleine tête, dans un centre commercial bondé. Un jeune père dressé comme un chien est torturé sans relâche au fond d’un cachot sans porte ni fenêtre. Aucune piste, aucun lien, aucun mobile… Qui sont ces hommes ? Pourquoi ont-ils été choisis ? Pour quelle mise à mort aberrante ? Une nouvelle race de psychopathes est à l’œuvre. Un prédateur imprévisible et monstrueux. Sa traque macabre a déjà commencé.

Jérôme Camut & Nathalie Hug – Prédation (Editions Télémaque 2006, 2009), (Editions Le Livre de Poche 2007, 2009)

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Léviatemps – Maxime Chattam

Chronique :

Léviatemps est différent de ce qu’écrit Maxime Chattam habituellement, on a plutôt l’habitude de le voir dans un registre moderne où les meurtriers ainsi que la police utilise des technologies de pointe. Pour ce roman il prend le contre-pied parfait de ce qu’il fait en général, car l’histoire se déroule à Paris en 1900 en pleine Exposition Universelle. léviatemps

Paris, année 1900, l’Exposition universelle bat son plein. C’est dans ce décor que plusieurs meurtres particulièrement horribles sont commis. Nous suivons Guy de Timée, un romancier en mal d’inspiration qui a trouvé refuge dans une maison close qui va enquêter sur le meurtre affreux d’une amie à lui, Milaine. Etant donné que c’est une vendeuse de charme la Police ne va pas faire grand-chose pour retrouver son tueur. Dans son enquête, il sera assisté de Faustine, une autre vendeuse de charme et de Martial Perotti, un jeune inspecteur. Entre ésotérisme et science, dans les ruelles mal famées de Paris, ses pas vont le mener sur la piste d’un tueur particulièrement sanglant et diabolique. De la même manière que les personnages de ses romans naissent sous sa plume, il décortique la personnalité du tueur pour découvrir son identité. S’approchant peu à peu de la vérité, au mépris de sa sécurité et de celle de ses amis qu’il a entraînés dans cette aventure.

Maxime Chattam a choisi de créer son histoire il y a plus de 100 ans mais il reste dans son style, car il faut avoir l’estomac bien accroché devant certaines scènes. On découvre les bas-fonds, très sordides, de Paris aux pavillons de l’Exposition Universelle, des cercles ésotériques mystérieux aux maisons closes chics. On a vraiment l’impression d’être plongés en 1900. L’intrigue est bien ficelée et très intéressante. J’ai beaucoup apprécié les personnages principaux. Guy de Timée est issu de la bourgeoisie et fuit une vie qui ne lui convient plus pour retrouver le sens de la réalité qu’il a le sentiment d’avoir perdu, mais qu’il espère pouvoir retrouver. Faustine la belle courtisane qui est une femme très courageuse et très intelligente.

C’est un roman efficace, avec une fin inattendue et cohérente. J’ai aimé l’ambiance de ce Paris en 1900 et je vais lire le second opus de ce diptyque du temps, Le requiem des abysses où l’on retrouve Guy et Faustine.

Résumé de l’éditeur :

A trop désirer la mort, on finit par trouver pire… Paris, 1900. Guy de Timée, romancier à succès, vit pourtant dans les combles grinçants d’une maison close. Du jour au lendemain, il a tout plaqué : femme, enfant, amis, réussite, et a décidé de se lancer dans un roman policier qui le plongerait dans les bas-fonds de la civilisation. Il veut être confronté au sang et à la violence. Cette mort qu’il désire tant approcher va surgir au milieu de la nuit en la personne de Milaine, jeune prostituée assassinée dans des circonstances particulièrement étranges. Et si elle n’était pas la première ? Qui rode dans les rues de la capitale, dans l’ombre de l’Exposition Universelle ? Quel est le sombre dessein de ce tueur de femme ? Guy va tenter de le découvrir, en compagnie de la mystérieuse Faustine, de l’inspecteur Perotti et d’Yoshito, un sumo japonais déshonoré…Des cercles ésotériques de Paris aux merveilles de l’Exposition universelle, il va peu à peu mettre à jour un terrifiant secret, celui qui fascine tout homme depuis la naissance de la civilisation : le contrôle du temps.

Maxime Chattam – Léviatemps (Editions Albin Michel 2010), (Editions France Loisirs 2011), (Editions Pocket 2012)

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Entretien avec Nicolas Lebel – De cauchemar et de feu

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1) Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis Nicolas Lebel, mammifère carnivore, amateur de Côte du Rhône septentrional et de whisky Islay, globe-trotter quand je suis en fonds, sédentaire quand la flemme me taquine. J’ai publié à ce jour quatre romans policiers.

2) Quel est l’écrivain qui a fait de vous un écrivain ?

J’admire de nombreux auteurs devenus classiques. J’ai été façonné par nombre d’entre eux. J’aime Shakespeare, Faulkner, Hugo, Maupassant, Baudelaire, Eco… Ils sont très nombreux. Comment en choisir un ? Comment ne pas blesser les autres ? Je pense à Goethe en particulier qui est très rancunier…

3) Votre dernier roman « De Cauchemar et de feu » parle en partie de politique et de religion, quels messages voulez-vous faire passer ?

Je préfère ne pas avoir à expliquer les messages. On aura compris que je travaille sur la radicalisation et le terrorisme dans ce roman. On y rencontre un jeune homme fragile qui, sous la houlette d’un religieux, se radicalise et finit par poser des bombes. Une histoire d’une sordide banalité aujourd’hui si ce n’est que nous sommes en Irlande du Nord en 1966… Quant aux vérités ou messages que les lecteurs y trouveront, je leur laisse cette liberté !

4) Vous êtes-vous rendu en Irlande du Nord pour décrire avec autant de précision tous ses lieux que l’on découvre dans « De cauchemar et de feu » ?

J’ai habité en Irlande quelque temps et l’ai eu l’occasion de traverser l’Irlande du Nord à deux reprises. La première fois en 92, à une période où les soldats britanniques vous mettaient en joue à tous les coins de rue, la deuxième fois dans une Ulster plus apaisée. C’est un pays que je connais bien, où j’ai pu faire de nombreuses rencontres, et auquel je reste très attaché aujourd’hui. J’imagine que ça se sent à la lecture ! Je suis un irlandophile pratiquant. J’ai eu ensuite la possibilité de travailler sur archives notamment vidéo, la télévision irlandaise laissant un libre accès à son fond. Une manne précieuse !

5) Est-ce qu’on retrouvera le capitaine Daniel Mehrlicht dans un prochain livre?

Mehrlicht est un personnage récurrent qui m’accompagne depuis le début. J’écris en ce moment le cinquième opus de ses enquêtes. Je pense qu’il prendra ensuite quelques vacances.

6) De quoi, au jour d’aujourd’hui, êtes-vous le plus fier dans vos livres ?

Je suis particulièrement fier de l’engouement qu’ils suscitent auprès d’un lectorat toujours plus nombreux. C’est bien sûr la finalité principale de l’écriture que d’être lu. Mais le retour des lecteurs est assez dopant. Mehrlicht, plus que moi, a son fan club ! Et j’en suis très content.

7) Que vous interdisez-vous de glisser dans vos romans ?

Je n’ai pas de fascination pour la violence. Je crois qu’on ne verra donc pas de scènes « gore », même si on me dit parfois que mes ellipses sont bien pires…

8) Une citation que vous emmenez partout ?

Soyons heureux en attendant la mort (Desproges)

Lien vers la chronique du livre

Merci à Nicolas Lebel pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir son roman.

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Biographie de Nicolas Lebel

Né à Paris, Nicolas Lebel est linguiste, traducteur et enseignant. Il publie en 2013 son premier roman noir (L’heure des fous, éditions Marabout), plongée abyssale dans l’univers des SDF. Après Le jour des morts (Marabout, 2014) puis Sans pitié ni remords (Marabout, 2015), il publie De cauchemar et de feu (Marabout, 2017) dans lequel il nous entraîne sur la piste d’un assassin pyromane, un monstre né dans les années 70 de la violence des affrontements en Irlande du Nord, qui sème incendie, chaos et mort dans son sillage, et revient aujourd’hui rallumer les feux de la discorde à travers la capitale.