Entretien avec René Manzor – Apocryphe

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● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

J’ai toujours éprouvé le besoin de raconter. Aussi loin que je me souvienne. J’ai d’abord assouvi ce besoin à travers le cinéma avec des long-métrages comme « Le Passage », « 3615 Code Père Noël ». Puis j’ai eu la chance que ces films soient appréciés par Steven Spielberg qui m’a invité à Hollywood pour travailler sur un projet. Je comptais y passer quelques mois, j’y suis resté dix ans. Pendant ces dix ans, j’ai réalisé pour la télé et le cinéma, et j’ai continué à écrire beaucoup, pour moi et pour les autres.

 

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Une littérature imposée par l’école. Et, quand on impose quelque chose à un enfant, il a tendance à s’en détourner. C’est sans doute ce qui m’a poussé vers le dessin, un espace où mon imaginaire pouvait être en liberté. Ce sont les contes qui m’ont fait découvrir la puissance visuelle des mots. Et notamment celui de J.M Barrie : « Peter Pan » parce que, comme lui, je ne voulais pas grandir et, comme lui, j’étais convaincu qu’une fille était plus utile que vingt garçons.

 

●Vous êtes réalisateur et scénariste, vous travaillez pour le cinéma et la télévision, dîtes moi ce qui vous a poussé à écrire votre premier roman en 2012 ?

Un rêve récurrent que je faisais depuis tout petit : un Luna Park abandonné au bord d’une plage, un manoir victorien dévoré par des plantes grimpantes, un pont suspendu sous la neige… Je me suis longtemps demandé ce que ces décors sans personnage, ces bribes d’histoire attendaient de moi. Et j’avais beau chercher à les ignorer en fabriquant d’autres images avec ma caméra, le rêve était toujours là. Et quand la fatigue se faisait sentir, il refaisait surface. C’est ma femme qui m’a arraché à cette obsession, en parvenant à me convaincre que cette histoire était peut-être destinée à être écrite sans caméra. Avec mes mots comme seul bagage. Deux ans après, mon premier roman, « LES ÂMES RIVALES », était là !

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire « Apocryphe » ?

Lorsque j’étais enfant, l’histoire de Jésus était aussi fascinante pour moi que celle des fées, des magiciens, du Père Noël ou de la mythologie. Elle était une ouverture sur le merveilleux avec son étoile du berger, ses rois mages, ses miracles, sa résurrection… Comme dans les contes, il y avait aussi des passages terrifiants comme « le massacre des innocents » ou la « crucifixion ».
En grandissant, je me suis demandé pourquoi le monde des adultes exigeait qu’on abandonne toutes croyances dans le merveilleux excepté celle-ci. Qu’y avait-il dans cette histoire de plus réaliste que dans les autres ? Pourquoi nous touchait-elle aujourd’hui encore au point qu’on se définisse par rapport à elle : avant ou après J.C., « croyant » ou « non croyant » ? Quelle vérité se cachait derrière cette croyance ? C’était une question sans réponse. Mais, pour y répondre, mes personnages allaient devoir vivre au 1er siècle.

 

Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce roman ?

C’est difficile de répondre à la question car, dans mon cas, les périodes d’écriture littéraire sont souvent interrompues par mon métier de scénariste ou de metteur en scène. Je ne peux donc raisonnablement sortir un livre que tous les deux ans. Mais si je ne faisais qu’écrire des romans, je pense que cela me prendrait un an. Six mois de recherches et six mois d’écriture proprement dite.

 

Vous avez dû effectuer un travail de recherche impressionnant  pour écrire « Apocryphe », est-ce que le fait d’être réalisateur et scénariste vous aide à écrire un tel roman ?

Quand je lis un livre, j’aime pénétrer dans un territoire inconnu, découvrir un univers, une époque, un mystère. Quand je l’écris, ce sont souvent des questions sans réponses qui m’inspirent. Je pousse mes personnages à y répondre en les plongeant dans une situation inextricable.
Mon métier de metteur en scène exige que je sois présent physiquement sur les lieux de l’histoire que je raconte. Un cinéaste est un témoin oculaire, sensoriel des faits qu’il raconte. Il fallait donc que je sois présent au 1er siècle 🙂 Et, comme la machine à remonter le temps n’existe pas encore, c’est par une recherche approfondie que j’y suis parvenu. La  judéité du 1er siècle, la vie sociale en Palestine, l’occupation romaine, les enjeux politiques, stratégiques et religieux de l’Antiquité permettent de toucher de près cette réalité, donc d’être présent sur les lieux. Dès lors, l’enquête peut commencer. Les personnages historiques ne nous apparaissent plus en flash-back, comme dans les livres d’Histoire. On est avec eux ! Ils deviennent des « personnes ». Et l’on est tenté de fouiller là où les historiens n’ont pas pu fouiller : leur humanité, leurs doutes, leurs ambitions, leurs émotions. Tout ce qui nous permet d’en révéler la face cachée, tantôt plus lumineuse, tantôt plus sombre, quitte à être choqué parfois, face à certaines découvertes.

 

 « Apocryphe » évoque la religion, un sujet toujours très sensible à aborder, quel  message voulez-vous faire passer avec ce roman ?

La foi n’est pas basée sur des certitudes. Elle se nourrit du doute. Quand on dit « je crois » c’est bien qu’on n’est pas sûr. L’erreur majeure des églises de tous bords c’est de dire « Nous avons la vérité ». D’où la question sur la couverture du roman : « Qu’est-ce que la vérité? ». Parce que personne ne détient la vérité. C’est la recherche de la vérité qui est intéressante, le voyage. Exactement comme pour la vie : c’est l’existence qui est passionnante, pas la destination. En ce qui me concerne, je crois en plein de choses. Et, si je crois, c’est parce que je ne suis sûr de rien.

 

 Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Mystère. C’est le mot que je préfère.

 

Lien vers ma chronique du roman Apocryphe.

Je tiens à remercier René Manzor d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur.

 

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Biographie de René Manzor

René Lalanne, dit René Manzor, né le à Mont-de-Marsan, est un réalisateur et scénariste français. Il est le frère de Francis Lalanne et de Jean-Félix Lalanne. Il débute sa carrière par la réalisation de quelques courts métrages, dont « Synapses » qui remporte le Grand prix au Festival international du jeune cinéma de Hyères. En 1986, il sort son premier long métrage, « Le Passage », un film fantastique avec Alain Delon (également producteur). Après avoir participé à deux épisodes de la série télévisée « Sueurs froides », il met en scène son deuxième long métrage, le thriller « 3615 code Père Noël » (1990). Ce film, considéré aujourd’hui comme une référence culte et qui est ressorti en salles aux Etats-Unis pour Noël 2018, confirme la maestria de René  Manzor à fabriquer des univers visuels impressionnants. Un style qui attire très vite l’attention d’Hollywood. Steven Spielberg et George Lucas l’engagent pour réaliser plusieurs épisodes de leur série Young Indiana Jones. Voilà le jeune Français lancé aux États-Unis où il restera dix ans, travaillant comme scénariste et réalisateur,  mais aussi script doctor pour les grandes productions. À la télévision américaine, il a signé la réalisation de plusieurs épisodes de série comme « Le Voyageur » (The Hitchhiker), « Highlander », « Band of Brothers », « Les Aventures du jeune Indiana Jones ».

Il revient en France et au cinéma avec la comédie fantastique « Un amour de sorcière » (1997), avec Vanessa Paradis, Jeanne Moreau et Jean Reno.
En 2003, il sort son quatrième film, « Dédales », avec Lambert Wilson et Sylvie Testud. Il travaille ensuite uniquement pour la télévision.
Après le cinéma (qu’il n’abandonne pas), la télévision (qu’il compare à une salle de
musculation), Manzor ajoute une corde à son art : le roman. Après le succès en 2012 de son thriller littéraire Les Âmes rivales, son second roman Celui dont le nom n’est plus obtient le prix Polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac en 2014. Suivront en 2016 Dans les Brumes du Mal et en octobre 2018
son roman le plus ambitieux jusqu’ici, le thriller biblique : Apocryphe.
René Manzor confirme que, avec une caméra ou un stylo, il est et reste avant tout
un conteur.

 

Apocryphe – René Manzor

Un grand merci aux Editions Calmann-Lévy pour cette lecture.

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler d’Apocryphe le dernier roman de René Manzor. Je n’avais encore jamais lu de roman de cet auteur, même si j’en ai déjà souvent entendu parler. Apocryphe est un thriller historique et biblique, donc c’est vraiment un roman très originale et très différent. Allez c’est parti, suivez-moi en direction de Jérusalem en l’an 30. 9782702164259-001-T.jpg

Tout commence sur le mont Golgotha, où un petit garçon de sept ans voit son père Yeshua de Nazareth être crucifié. Sept ans plus tard, au cœur du désert de Judée, David qui a grandi dans une ferme isolée, ne veut plus vivre caché. Un vent de révolte souffle en lui, il en a assez de l’occupation romaine. Il s’enfuit, dans le but de rejoindre Jérusalem et de se mettre en quête de la vérité sur son père, il veut que justice soit faite. Mais la découverte de la vérité dissimulée pendant des années sera pour lui un long chemin semé d’embuches.
Tout en mêlant imagination et faits historiques l’auteur nous parle de la vie de Jésus avec sa femme et son fils, de la naissance de la religion catholique, des apôtres, des différents groupes religieux et de l’occupation romaine.

Alors tout d’abord je dois vous avouer qu’au début du livre j’ai eu quelques difficultés de compréhension. Même si je suis croyant et que je connais l’histoire de la Bible, j’ai dû me replonger dedans. C’est surtout au niveau des personnages et des différents groupes ou sectes judéennes où j’ai eu un peu de mal à m’en sortir. Mais une fois ce petit soucis réglé, je suis vite rentré dans l’histoire. J’ai appris énormément de choses avec ce roman. René Manzor réécrit l’histoire et nous emporte dans une épopée biblique terrifiante. L’ambiance de l’époque est magnifiquement décrite.

Il faut dire que l’auteur est vraiment talentueux, le style est très visuel, on a la sensation de visionner un film plutôt que de lire un livre. On sent bien qu’il est scénariste, réalisateur, et écrivain.
Lorsque j’ai refermé ce livre, je me suis dit waouh mais quel travail il a fallu à René Manzor pour écrire un roman si convaincant et captivant.

Pour moi René Manzor signe avec Apocryphe un petit chef-d’oeuvre. C’est un vrai plongeon dans un passé terrifiant et l’on se demande bien où est la limite entre réalité et fiction. Que vous soyez croyant ou non, il faut le lire. C’est tellement différent de ce que je lis toute l’année. Merci Monsieur Manzor, à bientôt dans un autre roman.

Résumé de l’éditeur :

Jérusalem. An 30.
Un petit garçon regarde avec rage
son père agoniser sur une croix. Son nom est David de Nazareth,
et ceci est son histoire.

UN ADOLESCENT EN QUÊTE
DE JUSTICE ET DE VÉRITÉ,
UNE FRESQUE ÉPIQUE, VIOLENTE ET ÉMOUVANTE,
UN THRILLER BIBLIQUE À COUPER LE SOUFFLE,
RELECTURE STUPÉFIANTE
DE L’HISTOIRE OFFICIELLE.

René Manzor – Apocryphe (Editions Calmann-Lévy 2018)

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Festival Sans Nom 2018

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Pour la troisième année consécutive, j’ai eu la chance de participer au Festival Sans Nom de Mulhouse. Ce festival de polar est vraiment devenu une manifestation incontournable en France ! Quelle chance d’avoir un Festival de cette envergure dans mon département. Cette sixième édition était vraiment très impressionnante.

J’y ai fait de belles rencontres et j’ai aussi échangé avec des passionnés, des blogueurs et blogueuses venus de toute la France, de la Belgique, de la Suisse et cette année même des USA… Très content d’avoir revu Yvan, Geneviève, Valérie, Nathalie, et d’avoir rencontré MarcGwendoline et Aude qui est venu tout droit de Santa Barbara an Californie…

Très content d’avoir pu rencontrer et discuter avec des auteurs aussi sympathique et talentueux que Claire Favan , Barbaral Abel, R.J. Ellory, Nicolas Beuglet, Gaëlle Perrin GuilletIngrid Desjours, Ian Manook, René Manzor, Niko Tackian, Michaël MentionFranck Thilliez et Patrick Bauwen (et sa mémorable photo avec son nom inscrit au sang, éclairé au luminol euh non au bluestar… du sang de quoi… ça on en sait rien ! )

Les tables rondes étaient vraiment d’une très grande qualité cette année. Yvan et Hervé sont vraiment très à l’aise dans ce domaine et les questions sont toujours très pertinente. Mention spéciale à la table ronde avec la Ligue de l’Imaginaire et la table ronde composée de Ian Manook, Claire Favan et Patrick Bauwen. Deux moments vraiment mémorables.

 

 

Vivement l’année prochaine et un grand merci à tous les bénévoles qui font vivre ce Festival !