Entretien avec Johana Gustawsson – Block 46

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● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis une marseillaise d’origine catalane qui vit à Londres avec son suédois de mari et ses trois fils.

 

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Les livres de Freud que je délogeais de la bibliothèque familiale. Je les feuilletais et les maltraitais avant de les replacer. Ils sont toujours dans la mienne, mais je les traite maintenant avec le respect qu’il se doit.

 

● D’où vous est venue l’envie d’écrire des « Thrillers » ?

Je pense que j’ai été piquée dès mon plus jeune âge, lorsque ma mère m’a mis entre les mains La Mystérieuse Affaire de Styles d’Agatha Christie. Je suis tombée amoureuse d’Hercule Poirot et, par la même occasion, des romans policiers. L’envie d’écrire était sous-jacente à celle de lire des polars, des thrillers, du Noir. Mais ce n’est que lorsque j’ai écrit mon premier roman, Block 46, que j’ai su que j’écrirais du Noir.

 

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre roman « Block 46 » ?

Block 46 est un concentré de désirs différents : tout d’abord celui de parler de la vie de mon grand-père paternel, qui a été déporté au camp de concentration nazi de Buchenwald alors qu’il oeuvrait pour la résistance française, et à travers son histoire, celle des victimes de l’holocauste. Puis, celui de mettre en pratique mes amours pour la criminologie et le profilage, entretenues depuis vingt ans par des lectures de Stéphane Bourgoin, John Douglas, Paul Britton ou Peter Vronsky.

 

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement Emily et Alexis ?

En observant mes voisins, des anonymes dans la rue, dans un bus, devant l’école, mes confrères, n’importe qui, n’importe où : tout est recherche, tout est inspiration. Après, vient s’ajouter cette part de fantasme que l’on introduit dans nos personnages qui par certains côtés représentent une version désirée ou rêvée de nous-même.

 

● Est-ce que le fait d’être journaliste vous aide pour votre travail de romancière et notamment pour la partie recherche ?

Ce qui m’aide le plus pour mon travail de recherche est la formation que j’ai reçue en droit à Sciences Po, je pense : cette rigueur de travail et cette organisation nécessaires lorsque l’on écrit des romans historiques, avec les nécessaires index thématiques et les lectures à foison et dans toutes les langues pour trouver les informations à la source. Ce que mon métier de journaliste m’a par contre donné, c’est savoir à quelle porte frapper pour obtenir ses informations et oser ! Oser contacter des personnes que l’on considère comme intouchables, mais qui, finalement, sont bien souvent loin de l’être !

 

● Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

Oh oui, je sais exactement où je vais et comment, ce qui ne m’empêche pas de me laisser surprendre par mes personnages ou une situation qui ne tourne pas comme prévu. Disons que j’ai besoin d’un cadre pour me sentir libre !

 

● Êtes-vous une grande lectrice ?

Je le suis ! Et je ne crois pas que l’on puisse écrire sans dévorer des piles de livres. Je lis beaucoup moins de polars maintenant, car je lis beaucoup pour mes recherches liées à ma série Roy et Castells, ce que j’adore.

 

Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

Ai-je le droit de dire mes trois fistons ?

 

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

LISEZ ! Lisez de tout, partout, autant que vous le pouvez. La lecture, c’est un voyage que l’on fait à l’intérieur de soi-même.

 

Lien vers ma chronique de Block 46.

Je tiens à remercier Johana Gustawsson d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar.

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Block 46 – Johana Gustawsson

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler de Block 46, premier tome de la saga Emily Roy et Alexis Castells. Cela fait très longtemps que j’entends parler de Johana Gustawsson, il était donc grand temps pour moi de lire son premier thriller. Avec deux thématiques choc, les tueurs en série et les camps de concentration, je trouve que pour une première elle a frappé très fort. C’est parti, suivez-moi en direction de Londres et de Falkenberg en Suède. couv23431631

Tout d’abord on fait connaissance avec Alexis Castells une romancière française, vivant à Londres qui écrit sur des tueurs en série. Elle est à la recherche de son amie Linnéa Blix, mais cette dernière a été sauvagement assassinée à Falkengerg en Suède. La victime présente d’horribles mutilations, la trachée a été arrachée et les yeux énucléés. De plus un mystérieux signe a été gravé sur son bras. Appelée sur les lieux, la canadienne Emily Roy une profileuse reconnue, retrouve le même modus operandi déjà présent sur les corps d’enfants retrouvés à Londres. Alexis et Emily vont très vite s’accorder et tenter ensemble de retrouver le ou les tueurs…  L’enquête semble bien complexe. L’intrigue alterne entre présent et passé, car on se retrouve également dans l’enfer des camps de concentration en 1944 lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans le camp de Buchenwald on suit l’histoire d’Erich Ebner, un allemand déporté en 1944, forcé de travailler aux côtés du mystérieux docteur Fleischer dans le fameux Block 46. Un lieu secret et chargé de mystère que tout le monde craint. Quel est donc le lien entre ces deux époques ? C’est à Alexis et Emily de le découvrir.

Moi qui aime beaucoup les pays nordiques, j’ai adoré cette immersion en Suède. Je me voyais avec eux manger des Kanelbullar… Plus sérieusement, j’adore lorsque le récit alterne entre le passé et le présent. C’est très fluide et je n’ai eu aucun mal à m’y retrouver. Les chapitres relatant les faits lors de la seconde guerre mondiale sont vraiment effrayants. Je sais très bien que c’est la vérité et que c’était la vie dans les camps de concentration, mais l’auteure ne nous épargne vraiment rien de cette atrocité. Concernant le dénouement, il est très bon, je n’ai rien vu venir.

Block 46 est un thriller à l’ambiance angoissante et oppressante. Les sujets abordés sont très durs. L’enquête est très bien maîtrisée. Cette première avec Johana Gustawsson est une vraie réussite. J’ai vraiment beaucoup aimé ce premier opus et j’ai hâte de retrouver le duo d’enquêtrices Alexis et Emily dans Mör.

Résumé de l’éditeur :

Falkenberg. Suède. Le commissaire Bergström retrouve le cadavre nu et gelé d’une femme aux abords de la plage d’Olofsbo. Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps sauvagement mutilés ont été abandonnés dans les bois d’Hampstead, au nord de la ville. Ils présentent les mêmes mutilations que la victime suédoise : trachée arrachée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras. Etrange serial killer, qui change de type de proie et de lieu de chasse… Pourrait-il s’agir d’un tandem de sociopathes ?

Johana Gustawsson – Block 46 (Editions Bragelonne 2015), (Editions Milady 2016)

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