Entretien avec Sophie Loubière – Cinq cartes brûlées

couv29112480

 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Journaliste, romancière et comédienne, je me suis longtemps partagée entre le micro et la plume. Je suis née à Nancy, en Lorraine à la fin des années soixante. J’y ai grandi et fait mes études, me passionnant pour les arts en général, le dessin, le théâtre, le cinéma et la littérature en particulier. J’ai toujours puisé du réconfort dans les activités qui demandent à la fois de la concentration et de la créativité. Le sport – gymnastique de compétition – et les études – contrariées par une dyslexie – me demandaient beaucoup d’effort. Cette exigence, cette rigueur mais aussi cette conscience de mes limites, ne m’ont jamais quittée. La puissance de mon imaginaire était perceptible dans tout ce que je faisais. Mes premiers écrits furent de la poésie, encouragés par mes professeurs de français. A la faveur d’un concours à France Inter, j’ai embrassé une carrière de productrice et journaliste radio. Pendant 17 ans, j’ai eu le bonheur de produire et de présenter différentes émissions à France Inter, France Culture et France Info. Mon premier roman La petite fille aux oubliettes est paru en 1999 dans la collection Le Poulpe, sous la direction de Jean-Bernard Pouy qui avait décelé en moi une prédisposition pour le noir. Suivront neuf ouvrages dont L’enfant aux cailloux (Fleuve Noir, 2011) qui m’a ouvert une carrière internationale.

 

  • D’où t’es venue l’envie d’écrire des « Polars » ?

De mon amour pour la littérature policière (Dashiell Hammett en particulier, et ses ouvrages hard boiled) et des films noirs américains des années 40. Les sujets de mes livres s’inspirent souvent de faits divers ou d’évènements qui me touchent intimement et sur lesquels je crois nécessaire de réfléchir, d’apporter un éclairage. La sociologie du crime est quelque chose de passionnant, même si l’intrigue et le mystère restent le moteur principal de mes histoires. Lorsque j’étais enfant, j’enregistrais des mini-fictions sonores sur un magnétophone à cassettes sans savoir qu’un jour je mettrais par écrit ces histoires qui me trottaient dans la tête. J’ai rédigé mon premier manuscrit lorsque j’avais 22 ou 23 ans, une histoire assez sombre, avec déjà un sujet touchant aux secrets de famille et à la psychanalyse… Depuis, je n’ai jamais cessé d’écrire.

 

  • Comment t’es venue l’idée de l’intrigue pour ton roman « Cinq cartes brûlées » ?

D’un fait divers qui remonte à 2012. Un huis clos troublant dans une chambre d’hôtel à Nancy : le profil particulier de l’agresseur et celui de la victime, la façon dont la tentative de meurtre est commise, le nombre de coups de couteau portés (une cinquantaine !), l’absence de mobile, les motivations ou les raisons évoquées au procès par la personne mise en cause, cette idée qu’une sorte de fatalité inéluctable a depuis le début désigné la victime… tout cela m’intriguait. Je savais que l’histoire que j’allais raconter partirait et finirait dans cette chambre. Mon travail serait donc de raconter la partie immergée de l’iceberg, celle que la presse et le public ne découvriraient qu’au procès. Une vérité que je me suis appliquée à transcender, modifier, créant des personnages dont les profils adhéreraient à ceux de la victime et de son bourreau. Ce qui importe n’est pas de mettre en scène la réalité ; les protagonistes de cette affaire ont assez souffert de l’exposition médiatique engendrée par celle-ci pour que ce livre ne vienne encore leur rappeler un calvaire. Ce qui compte à mes yeux, c’est la compréhension d’un mécanisme qui mène à pareille tragédie. Ma démarche rejoint celle d’un criminologue.

 

  • Parle-nous un peu de tes personnages, comment Laurence, Thierry et les autres ont-ils pris forme ?

Laurence est une enfant (presque) comme les autres, un peu boulotte, trop imaginative et sensible, une fillette que sa mère voudrait à tout prix faire entrer au chausse-pied dans un tutu, une sœurette que son frère aîné ridiculise, et une petite fille très amoureuse de son papa qui le lui rend bien, jusqu’à ce que dans cette famille quelque chose dérape, que quelqu’un aille trop loin. C’est dans cette faille que l’eau s’engouffre, et que Laurence devient une ado renfermée, qui enfle, enfle, jusqu’à ce que le sport de compétition vienne à son secours et lui permette de tirer parti de cette armure de chair et de muscle. Jusqu’à ce que son succès et ses médailles retombent en pluie brûlante autour d’elle, car rien, surtout pas le bonheur, n’est jamais acquis.

L’univers de Laurence Graissac est glaçant, dérangeant, parce que c’est une jeune femme au parcours jalonné d’addictions (le jeu, la nourriture, le sexe) et que tout est vu de son point de vue. J’évoque aussi la problématique de l’obésité, de la transformation du corps de la femme au cours d’une vie et de son instrumentalisation. « Pour les autres, l’important, c’est ce qu’ils font de nous, pas ce que nous sommes. Ce que tu fais de moi n’est pas ce que je suis » dit Laurence dans le roman. C’est une phrase clé du livre. Elle s’applique aussi au lecteur tenté de croire que l’auteur s’incarne dans ses personnages.

 

  • Est-ce que le fait d’être journaliste t’aide au quotidien pour écrire des romans ?

Probablement. Bien que je n’exerce plus ce métier à ce jour, j’en ai conservé la rigueur et la curiosité. De mon point de vue, un romancier doit toujours s’assurer de la fiabilité de ses sources et n’aborder un sujet que s’il le maîtrise. Cela demande beaucoup de temps de préparation, de recherches, un max de documentation. Il faut cependant trouver le bon dosage pour ne faire d’un roman un ouvrage scientifique ou technique, ne pas noyer les lecteurs sous des détails inutiles ni employer un jargon de spécialiste, ce que je reproche parfois à certains polars écrits par des ex-officiers de police ou ex-membres du barreau.

 

  • J’imagine que pour créer un personnage aussi puissant que Laurence tu dois bien connaître le sujet, y a-t-il une part de toi dans ce livre ?

… En dehors de A la mesure de nos silences (Fleuve Éditions, 2015) lequel évoque un fait historique totalement méconnu de la seconde guerre mondiale, tous les personnages de mes romans sont imaginaires. Certains sont inspirés par des personnes réelles – des amis, des gens dans mon entourage – ou bien fabriqués comme Laurence Graissac à partir de plusieurs éléments de vie dont mes propres souvenirs d’enfance (mon frère ainé ne supportait pas de partager sa chambre avec moi et imaginait mille mauvais tours pour me le faire payer, faisant de moi son cobaye) mais ça s’arrête là. Comme de nombreux écrivains, je puise dans cette matière vivante qu’est mon vécu, et qui apporte l’émotion, le réalisme, la force à une histoire, pour raconter une fiction. Le point commun de tous mes personnages, c’est la façon dont les lieux qu’ils traversent où qu’ils habitent les imprègne. Il y a cet ancrage dans un paysage particulier : la plage de Saint Jean de Monts dans Dernier parking avant la plage (Folio Policier), la baie de San Francisco pour Dans l’œil noir du corbeau (Pocket), la route 66 dans Black Coffee et White Coffee (Pocket), le pavillon de Saint-Flour où grandit Laurence pour Cinq cartes brûlées… Le décor influe sur les personnages, leurs états d’âmes, mais aussi sur le déroulement de l’histoire. En ce sens, on peut dire que mes romans sont situationnistes.

 

  • J’ai vu que tu as toi-même créé un blog peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Mon premier blog remonte à Black coffee. Cette démarche m’est apparue comme essentielle après avoir parcouru la route 66 en 2011 pour la préparation de ce thriller. Entre le journal de bord d’un voyage de six semaines aux USA plein de rebondissements et les 1500 photos prises sur la mother road, la documentation était abondante, et il était intéressant de la partager. A ce jour, le blog comptabilise plus de 45 000 vues (http://blackcoffee66.blogspot.com/) J’accumule tellement de documentations, de photos et de notes, que je trouve dommage de laisser tout cela enfermé dans une boîte d’archive. Mon côté journaliste, peut-être ? Le blog de Cinq cartes brûlées alterne des passages qui ressemblent à un journal intime, des secrets de fabrication, une playlist des musiques adaptées au climat du roman, des précisions sur le fait divers initial, un hommage à mes bonnes fées (mes lectrices bêta) et les personnages réels ayant inspiré ceux du livre (comme le médecin Bernard Bashert qui doit beaucoup au comédien de doublage Bernard Gabay, voix officielle de Robert Downey Jr, entre autres). Je continue de temps en temps à l’alimenter. Il ne faut pas hésiter à s’abonner ;-). https://5cartesbrulees.blogspot.com/

 

  • Quelle est selon toi la place du polar dans la littérature française d’aujourd’hui ?

J’ai remarqué combien le polar féministe (mettant en scène un personnage féminin fort, à l’opposé des clichés machistes) a le vent en poupe en ce moment. Des livres de plus en plus souvent écrits par des hommes, d’ailleurs. A l’inverse, les femmes écrivent de plus en plus de thrillers trashs, avec surenchère de scènes insoutenables. Il y a une juste dose à trouver en littérature, surtout dans le polar. J’ai tendance à me méfier de tout ce qui touche à un phénomène de mode, et donc, qui relève de l’artifice. Ce qui compte, c’est d’écrire un roman sous l’impulsion d’une sorte de nécessité, en lien avec les préoccupations actuelles, les grands et petits sujets de société. Un livre qui ne cherche pas à séduire, derrière lequel il n’y a pas de calcul marketing. Un livre pour durer. Je pense à des auteures comme Marie Vindy, Danielle Thiery ou Patrick Bard, par exemple, ou encore Jean-Hugues Oppel et Jean-Christophe Tixier en jeunesse : ils font un travail remarquable. Leurs ouvrages témoignent de situations importantes et graves dans le monde et dans notre pays, ils ont des causes à défendre, comme celle des jeunes et de la femme, face à une société toujours plus violente et aliénante, mais les choses sont dites avec justesse, mais sans surenchère douteuse.

 

  • Es-tu une grande lectrice et si oui qui t’a inspirée ?

J’ai beaucoup depuis ma plus tendre enfance, et aussi lorsque je présentais une émission littéraire sur France Inter de 2000 à 2010, intitulée Dernier parking avant la plage ou Parking de de nuit. Je lisais des extraits de roman Les auteurs qui m’ont inspirée sont nombreux. En voici quelques-uns (et quelques-unes) : Thomas H. Cook, avec lequel j’ai la grande chance d’être devenu amie, David Vann, Dorothy Parker, Joyce Carol Oates, Stendhal, Maupassant, Louis Ferdinand Céline, P.D. James, Sam Shepard, Richard Brautigan, Colette, Victor Hugo, Dashiell Hammett, la comtesse de Ségur (quelle grande perverse !) et le poète lorrain Richard Rognet.

 

  • Quel sera ton mot de fin à cet entretien ?

En cette période dramatique et historique que nous vivons au niveau mondial, ne lâchons pas les livres ! Plus que jamais, les auteurs ont besoin d’aide : leurs revenus sont gravement menacés. Un romancier touche en moyenne 8% sur le prix de vente d’un livre en grand format et 6% sur le prix d’un livre de poche ; le régime d’auteur ne permet pas de toucher d’indemnité de chômage. Ce métier qui fait tant rêver est un des plus précaires. La fermeture des librairies et des maisons de la presse met les auteurs en grand péril – et plus généralement, tout l’économie du livre. Alors, commandez, partagez, conseillez, et lisez des livres… Merci d’avance !

 

Lien vers ma chronique Cinq cartes brûlées

Je tiens à remercier Sophie Loubière d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière de grand talent. A très vite pour un nouvel entretien.

 

Sophie Loubière

Cinq cartes brûlées – Sophie Loubière

Merci aux Editions Fleuve pour cette lecture.

Chronique :

Aujourd’hui je vais vous parler pour la première fois d’un roman de la talentueuse Sophie Loubière. Il était grand temps que je lise et chronique un de ses livres, c’est enfin chose faite. Cinq cartes brûlées est un thriller psychologique, vous savez que ce n’est pas mon genre préféré, mais je découvre Sophie Loubière et la couverture du livre m’a vraiment attiré. Allez c’est parti suivez-moi en direction de Saint-Flour en Auvergne… couv29112480

On fait connaissance avec Laurence Graissac que l’on suivra tout au long du roman. Dès l’enfance, sa vie est compliquée, son frère Thierry n’arrête pas de l’humilier et avec son père elle entretient une relation malsaine et ambiguë. S’en suit des problèmes de poids avec des troubles du comportement alimentaire. Le divorce de ses parents va complètement l’anéantir.  Mais au fil de sa vie elle va quand même connaître quelques bons moments notamment grâce au sport qui va être son échappatoire. En parallèle on fait connaissance avec le docteur Bernard Bashert. Un homme qui a tout pour être heureux, mais qui n’arrive plus à s’épanouir dans son couple. Bien entendu ces deux-là vont voir leurs routes se croiser, pour le meilleur ou pour le pire.

Pour moi la force de ce livre réside dans la puissance que dégage Laurence Graissac le personnage principal. On veut absolument savoir ce qu’il va lui arriver. Le récit est bien construit et au fur et à mesure de la lecture on éprouve forcément de la compassion pour Laurence. J’avoue avoir été séduit par la plume de Sophie Loubière. Une plume élégante et classe dispensé avec beaucoup d’intelligence. Le dénouement est une réussite totale, il m’a vraiment surpris et surtout il aide à comprendre plein de choses.

Cinq cartes brûlées est pour moi un roman noir très abouti. Même si comme je l’ai dit au départ ce n’est pas vraiment mon genre préféré, Sophie Loubière a su me faire passer un très bon moment de lecture. J’ai hâte de retrouver son univers. Pour moi la partie est terminé c’est à vous de jouer maintenant, mesdames et messieurs faites vos jeux rien ne va plus !

Résumé de l’éditeur :

Laurence Graissac grandit aux côtés de son frère, Thierry, qui prend toujours un malin plaisir à la harceler et à l’humilier. Du pavillon sinistre de son enfance à Saint-Flour, elle garde des blessures à vif, comme les signes d’une existence balayée par le destin. Mais Laurence a bien l’intention de devenir la femme qu’elle ne s’est jamais autorisée à être, quel qu’en soit le prix à payer. Le jour où le discret docteur Bashert, en proie à une addiction au jeu, croise sa route, la donne pourrait enfin changer…
Thriller psychologique d’une rare intensité, Cinq cartes brûlées va vous plonger au cœur de la manipulation mentale. De celle dont on ne revient jamais indemne.

Sophie Loubière – Cinq cartes brûlées (Editions Fleuve Noir 2020)

Entretien avec Jérôme Loubry – Les refuges

couv52564154

 

● Comment t’es venue cette formidable intrigue pour ton roman « Les refuges » ?

L’idée m’est venue au cours de l’écriture. Au départ je souhaitais écrire un polar qui se déroulait sur une île. Mais au fur et à mesure de l’écriture, j’ai senti que ce n’était pas assez, que je pouvais faire plus. Donc, au fur et à mesure l’idée de refuge a pris plus d’épaisseur.

 

● Tes personnages sont tellement réussies et si mystérieux, on sent que tu as pris un soin particulier à les travailler, peux-tu nous en dire un peu plus sur eux, comment ont-ils pris forme ? 

Je les travaille à l’instinct, pendant l’écriture. J’imagine leurs failles, leurs douleurs étouffées et naturellement ils prennent vie dans mon esprit, se posent sur mon épaule pendant que j’essaie de construire une histoire à leur hauteur. Pendant 6 mois (le temps de l’écriture) je les côtoie, ils ne me quittent qu’au point final et encore, parfois ils me hantent un peu plus longtemps.

 

● Tu décris parfaitement les lieux, comment as-tu réussi à créer une ambiance si sombre et oppressante (une ambiance à la Shutter Island) ?

Simplement en tenant la main de mes personnages. Quand Sandrine est sur le bateau, je suis avec elle, je vois cette île inquiétante s’approcher de nous. Quand Damien se dirige vers la ferme, je suis dans la voiture… L’imagination est bien sûr importante (et là je n’ai pas de recette magique pour l’obtenir) mais ce sont des heures à imaginer les scènes avant de les écrire et de trouver le bon ton.

 

● Que de chemin parcouru depuis 2017 et la sortie de ton premier roman, penses-tu avoir franchi un nouveau cap avec les « Les refuges » ?

Oui, c’est certain. Le livre a reçu des prix importants (Cognac et Bruxelles), il va être traduit dans différents pays et a une bonne chance d’être adapté en série, donc oui, j’ai passé un cap dans la reconnaissance de mon travail. Mais le plus important reste l’écriture et l’impression pour moi d’avancer, de m’améliorer à chaque livre. C’est un challenge excitant. Et bien sûr, comme c’est le cas avec mes trois livres, j’aime proposer des récits différents, ne pas me cantonner dans un seul style. Cela aussi est très motivant.

 

● Comment organises-tu tes recherches avant l’écriture d’un roman et combien de temps cela te prend-il ?

Je compte environ un mois de recherche (lieux, histoire, sujet principal…) et ensuite six mois d’écriture. J’écris selon l’inspiration, je n’ai pas d’habitude ou de rituel. Je peux ne pas écrire durant une semaine comme me retrouver cinq heures non-stop devant l’ordinateur.

 

● Peux-tu nous dire si un quatrième roman est en cours d’écriture ?

Oui, je suis en train de l’écrire. Une fois de plus, ce sera différent du précédent. On quitte le thriller psychologique pour des drames profonds, répugnants mais malheureusement bien réels… Ce sera la première fois que j’utilise l’actualité (même si dans les chiens de Détroit la crise économique était réelle, ce n’était pas le cas pour les crimes) pour broder un récit autour. Et croyez-moi, en faisant mes recherches sur le sujet, je ne pensais pas découvrir autant d’horreur… Le prochain roman devrait sortir en septembre.

 

Lien vers ma chronique Les refuges

Je tiens à remercier Jérôme Loubry d’avoir pris le temps de répondre aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur de talent.

 

image-magwemxxq200_ian-hanning-rea_jerome-loubry.jpg

 

Les refuges – Jérôme Loubry

Un grand merci aux Editions Calmann-Lévy Noir pour cette lecture.

Chronique :

En 2017 j’ai eu la chance de participer à un petit-déjeuner/rencontre entre blogueurs & auteurs lors du Festival Sans Nom à Mulhouse. Il y avait Sire Cédric un auteur déjà très connu et un certain Jérôme Loubry que je ne connaissais pas du tout. Il venait à peine de publier son premier roman Les chiens de Détroit. Un an après est sorti son second livre Le douzième chapitre que je n’ai pas encore lu. Cette année est sorti son troisième livre, Les refuges ! C’est de ce livre que je vais vous parler. Allez suivez-moi en direction de cette magnifique région qu’est la Normandie. couv52564154

On est en 1949 sur une île au large de la Normandie et on fait connaissance avec Suzanne Vaudrier. Une île qui après la seconde guerre mondiale a été racheté et transformé en camps de vacances pour les enfants. Suzanne y est animatrice et prend son rôle auprès de ses enfants qui ont tant souffert à cause de la guerre très à cœur. Jusque surgit un drame affreux…
Puis on se retrouve en 1986, on fait la connaissance de Sandrine Vaudrier une journaliste qui se trouve chez Frank Wernst, un vieux paysan qui habite dans un endroit très isolé. Elle est chez lui pour écrire un article. Lorsqu’elle rentre de son reportage, Pierre son patron l’a convoque dans son bureau. Ce dernier lui informe que sa grand-mère Suzanne Vaudrier est décédée et qu’elle doit se rendre chez le notaire. Lors de son rendez-vous, Sandrine est invitée à se rendre sur l’île où vivait sa grand-mère. Une île très isolé et fermé à tout visiteurs car destiné à devenir une réserve naturelle. Mais Sandrine s’y rend pour ranger et trier les affaires de Suzanne, et surtout pour comprendre cette grand-mère qu’elle n’a jamais vraiment connue. Mais lorsqu’elle pose les pieds sur cette île, elle va très vite découvrir que tout ne va pas se passer comme prévue… Pensant repartir très vite, elle apprend qu’elle y est finalement coincée pendant toute une semaine, jusqu’au prochain bateau. Que se passe-t-il sur cette île ? Pourra-t-elle un jour de nouveau la quitter ?

Dès le début du livre, j’ai été littéralement happé par le récit. Deux personnages, deux époques et une intrigue mystérieuse pleine de rebondissements… Jérôme Loubry a su créer une atmosphère et une ambiance sombre et oppressante. Cette île qui se trouve au large des côtes mais que personne ne connaît est une invention géniale. On sent que Sandrine dois se méfier de tout, mais on veut comprendre, on veut savoir. J’ai adoré m’imaginer sur cette île. Les habitants sont tous mystérieux et je ne comprends pas pourquoi ils vivent depuis toujours sur ce bout de terre ! Quels secrets cachent-ils ?

Vous l’aurez compris, Les refuges est pour moi un gros coup de cœur. J’ai envie de dire qu’il y a Shutter Island de Dennis Lehane et maintenant Les refuges de Jérôme Loubry… Ce livre termine en beauté mon année 2019 et je pense qu’il va me marquer autant que Le Cri de Nicolas Beuglet. A la télé on entend très souvent dire certains sportifs « C’est pour vivre ce genre de moments que je m’entraîne dur toute l’année »! Et ben à mon tour j’ai envie de dire que c’est pour ce genre de livre que j’ai plaisir à lire toute l’année et à tenir ce blog. Merci à toi Jérôme Loubry pour ce livre fantastique.

Résumé de l’éditeur :

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ?
Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?
Qui était vraiment sa grand-mère ?
Sandrine sera retrouvée quelques jours plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

Jérôme Loubry – Les refuges (Editions Calmann-Lévy 2019)

etoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-pleine

La Forêt des ombres – Franck Thilliez

Chronique :

Aujourd’hui, je vais vous parler de La Forêt des ombres le second one-shot de Franck Thilliez, paru en 2006. Même si j’ai une préférence pour les aventures de Sharko & Hennebelle, je découvre avec plaisir tous ses one-shots. En plus ce roman se déroule près de chez moi en Forêt-Noire, (non non pas le célèbre gâteau) je parle bien du massif montagneux situé dans le Land voisin de l’Alsace le Bade-Wurtemberg. C’est parti suivez-moi direction un châlet au cœur de la forêt allemande ! La-foret-des-ombres

On fait connaissance avec David Miller, marié et père d’une fille. Il exerce le métier de thanatopracteur et à côté de cela c’est un tout jeune écrivain de thriller. Mais ce dernier a un souci, il reçoit régulièrement des lettres enflammées d’une certaine Miss Hyde, qui est follement amoureuse de lui. Un jour en sortant du travail, il va faire une rencontre très spéciale. Arthur Doffre un étrange milliardaire lui propose une grosse somme d’argent pour écrire un livre dans lequel il doit faire revivre le célèbre Bourreau 125, un serial killer qui a sévi vingt-cinq ans en arrière. Ce livre devra être écrit en un mois, dans un chalet isolé au fin fond de la Forêt Noire afin de créer une ambiance propice à ce genre d’écriture. Après réflexion, David embarque sa femme et sa jeune fille dans cette aventure. Mais lorsque David et sa famille s’installe dans le chalet rien ne va se passer comme prévu. Au fur et à mesure que David fait renaître le bourreau sur ses pages, le séjour au sein du chalet va virer au cauchemar…

Comme vous le savez, je ne suis pas très fan des huis clos, mais là j’ai bien aimé me retrouver en plein hiver dans un chalet au cœur de la forêt. Grâce aux lieux sombres et oppressants j’ai vraiment réussi à rentrer dans l’histoire, à me projeter et à sentir la tension omniprésente. Les personnages sont tous très mystérieux, à qui faire confiance ? Chacun d’eux à une part d’ombre qui insinue le doute dans notre esprit.

La Forêt des ombres est un huis clos captivant, mêlant angoisses et mystères. Alors que je suis passé à côté de Vertiges, cette fois-ci j’ai vraiment été happé dès le début de l’histoire. J’ai passé un bon moment de lecture avec cette immersion totale au cœur de la Forêt-Noire. Tout de même me faire aimer à Moi un huis clos… Je dis bravo Monsieur Thilliez !

Résumé de l’éditeur :

Paris, hiver 2006. Arthur Doffre, milliardaire énigmatique, est sur le point de réaliser un rêve vieux de vingt-cinq ans : ressusciter un tueur en série, le Bourreau 125, dans un livre. Un thriller que David Miller, embaumeur de profession et auteur d’un premier roman remarqué, a un mois pour écrire contre une forte somme d’argent. Reclus dans un chalet en pleine Forêt-Noire, accompagné de sa femme et de sa fille, de Doffre et de sa jeune compagne, David se met aussitôt au travail. Mais il est des fantômes que l’on ne doit pas rappeler, et la psychose saisit un à un tous les occupants de la ténébreuse demeure cernée par la neige…

Franck Thilliez – La forêt des ombres (Editions Le Passage 2006), (Pocket 2006, 2007, 2010, 2016, 2017), (Editions France Loisirs 2007)

etoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-pleineetoile-a-moitie-pleine